Livre de voyage Jamel Balhi
menu a livre voyage Jamel Balhi Accueil Parcours Ses voyages en courant Cartes Galerie Photos Video Livres Vos impressions Conférences Contact menu b livre voyage Jamel Balhi

- Vidéo -

menu 1 livre voyage Jamel Balhi menu 2 livre voyage Jamel Balhi
livre voyage Jamel Balhi


Et l'Afrique ? Pourquoi n'es-tu jamais allé courir en Afrique ?
En effet, après plus de 160 pays traversés en courant pour des centaines de milliers de kilomètres, le sol africain se profile enfin sous mes semelles vagabondes. Situé au sud du continent, le Mozambique s'inscrit comme une approche idéale de l'Afrique, avec ses ethnies, ses animaux sauvages, son passé colonial, ses guerres civiles�

De Maputo je prends en courant la route du Swaziland, plein ouest sur l�avenue du 24 juillet, date marquant forcément une révolution ou une accession à l'ndépendance� L'histoire du continent africain est jalonnée de dates où fusils et machettes ont été de redoutables moyens d�émancipation, et continuent de l�être.

Février, c'est l'été austral, la température monte à 40 degrés à la mi-journée, et les nuits sont tièdes. Chaque arbre du centre ville est réquisitionné par un vendeur de rue pour servir de parasol. Des types se promènent en bonnet de laine, certains torses nus, d�autres en anorak de ski. Chaque individu invente sa propre mode. En courant je dois faire attention aux bouches d'égouts avaleuses de piétons, les plaques ayant été récupérées pour être revendues. Les Mozambicains ont le sourire toujours prêt à l'emploi. On se croirait dans Brooklyn, les mâles vous jettent des regards vicieux, d'une incroyable connivence, levant le pouce vers le ciel en vous appelant my friend en roulant les r et les mécaniques. Des crises de rire et des crises de malaria nous guettent à chaque carrefour.

Le soleil brille et les mises en garde pleuvent. « Attention les rues sont dangereuses !». Des touristes ont étés délestés de tous leurs biens, dans des attaques de rues comme sait en produire l'Amérique centrale. Mon allure sobre et d'apparence presque pauvre me protège de ce genre de braquages.

Maputo semble figée dans son passé colonial portugais. Témoins d�une grandeur passée, des bâtiments-reliques de la domination coloniale ont trouvé de nouveaux occupants : des petits paysans qui perdirent leurs biens dans les terribles inondations de l�année 2000. Par mesure de précaution j'ai rangé ma montre au fond de mon barda. Ici le temps égrène ses heures à l'africaine. « Vous, les Occidentaux, vous avez l'heure ; nous, en Afrique, nous avons le temps ! » m'annonçait le douanier mozambicain lorsque, à la descente de l'avion je lui fis remarquer les lenteurs de la procédure d'immigration� Les rares horloges publiques ne fonctionnent pas. Dans la gare de Maputo, elle-même figée dans son passé colonial, les horloges marquent toutes une heure différente.

On parle portugais, la langue de Vasco de Gama. Apprendre quelques mots de football est tout aussi utile. Si, dans ce pays parmi les plus pauvres du monde, les enfants sont rois, les vieux semblent absents du paysage. Explication : l'espérance de vie à la naissance ne dépasse pas 37 ans. 

Dès la sortie de Maputo apparaît la brousse. Le chaos de la ville a cédé la place à des villages aux frêles cases en paille, où l'on pile encore le millet à l'ancienne. Dans le sud du pays, les cultures se limitent aux quelques plantations de canne à sucre, et maigres arpents de maïs, exploités exclusivement à l�aide d�outils antédiluviens.  

En Afrique, je cours dans un monde où chacun se déplace à pied ; la route est le royaume du piéton. Dès l�aube des myriades d�enfants en uniformes rejoignent leurs écoles en marchant, certains pieds nus. Au prix de cinq mille meticals le billet, soit 12 centimes, le bus reste un moyen onéreux de déplacement.

A Boane, un bourg à 30 kilomètres de Maputo, je croise la route de Leonardo, un élève de primaire qui se rend chaque matin à l�école en effectuant un parcours de 8 kilomètres. Son trajet vers l�école est un rituel quotidien auquel s�ajoute la cueillette de fruits (maracujas et goyaves) sur les arbres plantés le long du parcours. On parcourt ces mêmes distances pour l�eau, transportées en bidons de 20 livres tenus en équilibre sur la tête. Tout se porte sur la tête, y-compris pelles et pioches.

Après vingt années d�une guerre civile qui causa la mort de près d�un million d�habitants, les rebelles laissèrent derrière eux des quantités de mines enfouies sous terre dans les champs, aux environs des écoles, à proximité des puits et des pompes à eau ou le long des routes et des sentiers menant aux marchés. Les pluies torrentielles qui ont ravagé le centre et le sud du Mozambique après le passage du cyclone Eline, ont causé le déplacement de ces mines et nul ne peut aujourd�hui les localiser.

Le coq sonne à trois heures trente du matin. Un peu tôt pour un réveil non programmé. Occasion de courir à la fraîche, avant d�affronter le chewing-gum collant des tropiques, les senteurs acides des peaux africaines.  

Les véhicules roulent à gauche, officiellement. Pour ma part, il ne s'agit plus de courir à gauche ou à droite face au trafic mais côté ombragé de la route tellement il fait chaud. Dès huit heures du matin, s'exposer au soleil c�est risquer une pluie de braises sur les épaules. Pas facile d'aligner mes soixante-cinq kilomètres quotidiens.

Peu avant la frontière du Swaziland un couple de fermiers blancs m'offre l'hospitalité. Ils cultivent des bananes sur des centaines d�hectares et ces cultures alignées au cordeau contrastent étrangement avec les maigres lopins de terres du Mozambique. Glenn et Martha, parents d�une petite fille de 4 ans, sont originaires du Zimbabwe voisin. Ils ont fui leur pays sous la menace lorsque le gouvernement du président Robert Mugabe a initié des réformes de grande envergure visant à redistribuer les 70 % de terres appartenant à la minorité blanche aux noirs sans terres. Persécutions et violences accompagnent ces actes d�expropriation. Le Mozambique  a offert aux fermiers blancs qui fuient  le Zimbabwe des lots de terres à louer net d'impôt. L�ancienne colonie portugaise possède quelque 30 millions d'hectares de terres arables, mais seulement 5% de cette surface est exploitée.

En quelques étapes de course j�ai atteint la frontière du Swaziland, le genre de pays dont on ne connaît ni le nom de la capitale (Mbabane), ni la monnaie (le lilangeni), et encore moins la langue : le Swazi. Dès la frontière, le Swaziland s'auto-proclame sur de vastes panneaux publicitaires comme un pays «ni au Nord ni au Sud, mais tourné vers l�avant ». La nation s'apprête à fêter l'anniversaire de son monarque absolu, Msawti III. Les routes sont repeintes à l'occasion de la cérémonie nationale du 19 avril. Le roi ne se déplace jamais sans ses douze épouses ainsi que sa mère, omniprésente dans le pouvoir selon la tradition ancestrale. Sa flotte de voitures de luxe a soulevé un tollé de protestations populaires, dans ce pays dont l'économie figure au bas de l'échelle mondiale. A l�ouest de Manzini, la deuxième ville du pays, je m�enfonce dans la végétation sauvage et tombe nez à nez face avec deux rhinocéros. Nous nous observons de longues minutes. Les rhinocéros sont la proie des braconniers qui se livrent au commerce de leur corne, censée stimuler l�appétit sexuel des hommes. Si l'homme est un prédateur pour l'homme, il l�est aussi pour les animaux.

Cette belle rencontre avec les rhinos viendra s�ajouter à celle de zèbres, gnous et autres antilopes aux noms exotiques : impalas, nyalas�

Trois étapes de course viennent à bout du Swaziland. Je passe mes nuits chez les Nazaréens, les membres d�une secte judéo-chrétienne, issue de l'église méthodiste.

Comme le Mozambique et le reste de l'Afrique, le Swaziland n'a pas échappé aux missionnaires venus des quatre coins du monde. Méthodistes, baptistes, adventistes et église universelle de Dieu ont investi le moindre village de brousse.

J�ai atteint en courant la frontière sud-africaine. Au bord de la route, le premier panneau annonce la couleur aux automobilistes : Crime Alert. Do not Stop !

Pour le voyageur boulimique que je suis, cette mise en bouche de l'Afrique australe est pleine de promesses.

 

                                                                                                                                                                                          J.Balhi

 

 
livre de voyage Jamel Balhi livre de voyage Jamel Balhi livre de voyage jamel Balhi



ROBE SUR MESURE