Sultanat d’Oman – Au pays de Sinbad

 

 

En posant un pied dans le Sultanat d’Oman, je me dis : enfin un pays d’Orient épargné par les « Printemps arabes ». D’ailleurs, c’est l’automne. Il fait 45 degrés sous une humidité tropicale.
Aux alentours d’une petite mosquée de Mascate, capitale du Sultanat d’Oman, je fais la connaissance de Hamis, employé du ministère de l’électricité. Il est en ville pour acheter quelques textiles en compagnie de son jeune fils. Tous deux portent une jellabah d’un blanc immaculé et un Kumma de même couleur, ce petit chapeau brodé de fils dorés, porté par l’ensemble des hommes omanais.

Enfants du bazar de Mascate

0.20 € le litre d’essence
Hamis propose de m’inviter dans sa confortable et spacieuse maison à Bahla, à 200 km de Mascate. J’accepte l’offre de cet inconnu. Un homme qui voyage avec son enfant inspire la confiance. Nous partons aussitôt à bord de la voiture familiale, l’incontournable Toyota Corola des pays arabes.
Hamis me désigne la banquette arrière du véhicule, où je prends place… Le siège avant, à la droite du conducteur, sera occupé par le jeune Youssef, tout juste âgé de 5 ans.
Tandis que la route défile, à 140 km/h, l’enfant se tient coudes posés sur le tableau de bord, le nez contre le pare-brise ; il n’hésite pas non plus à se tourner vers moi pour un brin de causette, debout sur le siège, et même de passer de l’avant à l’arrière avec force acrobaties. Son père, constamment au téléphone, évoque justement les dramatiques accidents de la route au Sultanat d’Oman.
La voie express quittant Mascate vers le désert porte bien son nom. Ici contrairement aux autres pays arabes du Golfe, on voit peu de policiers sur la voie publique. Est-ce pour  cela que le pays du Sultan Qaboos détient le triste record mondial des accidents de la route ?
A 0,20 € le litre d’essence, rouler en voiture sur les routes d’Oman n’est un luxe pour personne.  Cependant les conducteurs s’en remettent plus aux lois dictées par Allah qu’à celles de la gravité.
A Oman, un enfant meurt tous les quatre jours sur les routes. Beaucoup sont également gravement blessés, voire handicapés à vie. Youssef ne fait pas cas du port de la ceinture de sécurité ; pas plus que le père.
Le chant du muezzin s’élève dans le ciel, l’astre solaire s’éclipse derrière l’horizon. Sur la route de Bahla, nous faisons une halte à la Sérénissime mosquée du Sultan Qaboos, un joyau de l’architecture musulmane.
Ce monumental lieu de prières peut accueillir 20 000 fidèles. La salle réservée aux hommes abrite le plus grand lustre du monde (14 mètres de hauteur). Le sol en marbre est recouvert d’un tapis fabriqué en Iran, le plus grand tapis fait main d’une seule pièce. 600 femmes  ont permis de réaliser cette pièce unique de 70 x 60 mètres et de 35 tonnes. Je peux ainsi admirer le plus grand tapis du monde sous le plus imposant lustre jamais construit. On y trouve également le plus grand chandelier du monde, serti d’or 24 carats. La mosquée du Sultan Qaboos est comparable en beauté, en légèreté  au Taj Mahal indien. Elle soulève l’âme du visiteur.

 

 

La Sainte Famille

paroles du prophète
Après cette halte au pays des grandeurs, la route de  Bahla reprend (l’enfant s’est assoupi en chien de fusil à l’avant) et Hamis m’annonce que finalement je ne logerai pas chez lui mais dans une petite chambre située dans l’enceinte de la mosquée. « Tu y seras en sécurité, car chez moi il y a des travaux qui t’empêcheront de dormir ». De quoi se plaindre ? Je voulais voir du pays et rencontrer des gens, non ?
A Bahla, une ville-oasis, ce ne sont pas d’hypothétiques travaux de restauration de salle de bain qui m’ont empêché de fermer l’œil, mais les chants du muezzin tout proche. Dormir dans l’enceinte d’une mosquée c’est l’assurance d’être réveillé au milieu de la nuit, puis aux premières lueurs matinales par les plaintes amplifiées de l’Iman, appelant les fidèles à la prière. Cette petite mosquée semble bien modeste comparée à sa prestigieuse et richissime grande sœur de Mascate. Une dizaine de Pakistanais aux impressionnantes barbes noires, venus des zones tribales de la frontière afghane, y passent le plus clair de leur temps, tentant de « raviver la flamme de l’islam ». Ils portent les paroles du prophète à fleur de peau.

« Notre mission est de répandre les paroles du prophète Mohamed. Notre religion est attaquée par les médias occidentaux… »
La mosquée de Bahla est comme un village à part entière. Des indigents y tiennent une permanence pour des heures quotidiennes de mendicité, d’autres, privés de salle de bain personnelle viennent se laver dans la salle des ablutions. Quelques autres y passent la nuit sur le vaste tapis à prière. Au Moyen-Orient, une mosquée, souvent dotée de l’air conditionné, fait oublier une chaleur insupportable de jour comme de nuit. Chaque repas est pris en groupe, sur une nappe en plastique déroulée dans la grande salle. Le menu est toujours le même : bouillie de lentilles, oignons, petits citrons verts et chapati, cette  galette de farine cuite au four, présente dans tout le Sous-continent.

Sorciers et Djinns
Ma présence étonne parfois. Certains me considèrent comme « fifty-fifty tourist », d’autres comme un envoyé de Dieu. Des Afghans s’aventurent à quelques mots d’anglais du style « what come from you ? » Au Sultanat d’Oman, plutôt que l’arabe, on entend principalement parler le Pashtou, l’ourdou, l’hindi et tous les vernaculaires du Sous-continent d’Asie. Et puis sans cesse, lorsque j’annonce ma nationalité, on me sert du Zidane et du Sarkozy, comme un vieux disque 45

Vieil Omanais et son Khanjar

tours qu’on aurait oublié de retourner. Hamis n’a pas oublié sa promesse de me faire visiter sa ville. Ce sera sans lui. En effet, un taxi conduit pas son jeune neveu vient me chercher pour me conduire, au rythme d’un petit train touristique à travers les quelques monuments qui font la renommée de Bahla. Elle a la réputation d’une ville peuplée de sorciers et de Djinns jeteurs de sorts, mais manque de chance je ne croiserai aucune de ces créatures aux pouvoirs surnaturels.
Dans le souk alibabesque de vieux Omanais perpétuent l’image d’un passé pas si lointain en arborant non sans fierté leur Khanjar autour de la taille, ce poignard à lame courbe en argent serti de pierres précieuses. Leur regard emprunt de nostalgie est comme un plongeon dans les siècles passés. On entend invariablement les mots souk et bazar… Le premier est arabe, le second persan. En Orient plus qu’ailleurs ils désignent des capharnaüms aux mille effluves, sons et couleurs, où tout se vend, s’achète à grands coups de cordes vocales. La mondialisation a hélas sonné le glas de ces lieux millénaires si évocateurs.

taxi gratuit
Peu disert, mon nouveau compagnon tranche avec la faconde des Afghans ou des Pakistanais que je côtoie chaque jour dans le pays. Je comprends mieux son caractère peu amène lorsque nous rencontrons une paire de policiers en uniformes, que le jeune chauffeur de taxi s’empresse d’aller saluer. Ce dernier m’avoue être un policier en civil. « Le taxi n’est qu’un leurre pour écouter les conversations ». J’ai ainsi bénéficié d’un faux taxi gratuit, conduit par un vrai policier  pour une visite touristique de la ville. Le pays des Mille et une Nuits offre mille et une surprises… De retour à Mascate, je laisse le hasard décider du programme des jours et des nuits. Le Sultanat d’Oman est bien un pays du Golfe mais son caractère authentique et paisible le situe loin du Qatar et des Emirats-Arabes-Unis, pourtant frontaliers. Ici pas de copie du Louvre grandeur nature ni de canaux artificiels comme à Dubai ou Venise ; pas de Rolls non plus ni de buildings en verre s’envolant à la rencontre du ciel bleu. Les boutiques Dior et Yves Saint-Laurent si présentes dans les pays voisins ne sont pas ici aussi ostentatoires. Même si les jeunes Omanais aiment faire connaitre leur goût immodéré pour les voitures de luxe, les rues de Mascate ne ressemblent pas à celles de Las Vegas.De vénérables échoppes d’ambre, de frankincence et de myrrhe titillent les narines un peu partout dans le pays. Dans le port de Mascate face à l’entrée du bazar, le Sultan Qaboos bin Said al Said a garé son yacht royal. Avec ses 155 mètres de long, ce navire couleur sable est le troisième plus gros yacht du monde.
A l’ombre du yacht sultanesque, des dhows, ces boutres en teck imputrescible rappellent que c’est à la voile qu’on assurait le transport des épices et de l’encens entre l’est et l’ouest, l’Asie et l’Afrique, dont Zanzibar.

Travailleurs venus du Sous-continent

Sinbad le marin
A proximité, la rue revêt une agréable douceur de vivre, baignée dans les parfums d’Orient… Même les chat errants se laissent approcher. Pour les travailleurs, c’est une tout autre ambiance ! Je côtoie de nombreux hommes venus d’Inde, du Bengladesh,  du Sri Lanka et du Pakistan. Ces travailleurs immigrés astreints aux difficiles travaux publics, bâtissent chaque jour le pays sous un soleil de feu. Toute l’économie du pays est tributaire de cette force de travail. Leurs salaires avoisinent les 200 Riyals (400 €). La plupart ne rentrent au pays qu’une fois tous les deux ans pour une courte visite à leurs femmes et enfants. Une bonne partie du salaire est expédiée dans le pays d’origine.
Durant mon séjour à Oman, je resterai confiné dans un univers d’hommes. Le contact avec la gent féminine relève d’un code social inaccessible au premier abord. Les arcanes religieuses restent impénétrables. Le Sultanat d’Oman, constitue néanmoins à mon sens le pays le plus agréable du golfe persique. A mi-chemin entre l’Afrique et l’Asie, cette terre où poussent les arbres à encens surprend autant par ses douces effluves que son hospitalité débordante. Pas étonnant que Sinbad le marin y ait jeté son ancre !

 

 

Jamel Balhi

Par| 2017-12-14T23:18:18+01:00 25 novembre 2012|Actualité|1 Comment

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One Comment

  1. thierry 30 novembre 2012 at 11 h 59 min

    Bonjour Jamel,
    A la veille du départ de la SaintéLyon, je me devais de prendre de tes nouvelles – ici le froid, pour toi la chaleur du corps et des contacts humains! Cela fait plaisir de suivre ton parcours atypique et cependant si riche…
    Amitiés
    Thierry

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