Premier tour du monde en courant : interview

Ecrit par Steph le 28 novembre 2011 3 Commentaires

Jamel, en quelle année as-tu décidé de partir courir autour du monde ?

Bolivie - Sur l'altiplano avec le volcan Sajama

Je cours depuis toujours. Depuis que je sais marcher. On porte toujours en soi des projets, plus ou moins grandioses et souvent liés au domaine de l’intime.
En 1985 j’ai fait la connaissance d’un Chinois qui m’invite à prendre le thé à Shanghai. Je courais beaucoup, des marathons et des courses encore plus longues. Ces épreuves étaient avant tout des compétitions.

Deux ans plus tard je décidais de partir seul vers la Chine en courant. Ce périple se transforme au fil des kilomètres en tour du monde complet. Après une somme infinie de péripéties je me suis arrêté pour le thé chez cet ami, que je connaissais à peine.

Avant d’entamer ce périple, quelles étaient tes incertitudes ou tes craintes ?

Aucune ! Cela m’a protégé et renforcé dans mes convictions. J’avais déjà l’expérience des grands raids en solitaire avec un sac sur le dos, comme un Paris-Amsterdam et un Paris-Istanbul. J’avais appris à courir par tous les temps sur de longues distances, manger et boire peu, trouver rapidement un hébergement gratuit pour la nuit, comprendre des gens qui ne parlent pas ma langue… Plus tard j’apprenais même à traverser en courant des pays en guerre.

Combien de temps a duré ton premier tour du monde ?

3 ans. J’ai quitté Paris par la porte de Charenton,  initialement pour une durée d’un an. Trois ans plus tard je revenais en courant par la porte de Clignancourt en étant passé par Shanghai, Tokyo et New York. Le parvis de Notre-Dame était le départ et l’arrivée.

Quel était ton rythme au départ et comment il a évolué ?

Je courais des étapes quotidiennes comprises entre 60 et 80 km. Un rythme qui n’a jamais changé. J’évite ainsi de tomber dans la routine d’une succession d’étapes standardisées. Je m’arrête de courir au fil de mes envies, et des opportunités de passer la nuit dans tel ou tel lieu. Je reçois la vie comme elle se présente.

Est-ce que ton corps a mis longtemps à s’habituer à ce rythme fou ?

J’ai découvert très vite les possibilités inouïes

d’un corps humain ainsi que les capacités d’adaptation de l’esprit aux chamboulements de la vie.

En ce qui me concerne, le plus dur c’est toujours les 8000 premiers kilomètres.

Y a-t-il eu des moments difficiles qui t’ont fait douter ?

En voyage, ma règle est simple : le pire qui pourrait m’arriver est qu’il ne m’arrive rien.

Quels sont les meilleurs moments du tout début, qui t’ont aidé à avancer ?

Découvrir une nouvelle forme de vie. Chaque journée était différente de la veille. J’attendais cela. Les gens croisés apportaient de nouvelles histoires, de nouvelles approches de l’existence. Dormir un jour chez un riche propriétaire terrien, le lendemain sur un banc public entouré par une joyeuse bande de clochards, ou dans un couvent de sœurs carmélites… Ainsi, le monde se révélait comme une gigantesque encyclopédie vivante. Aujourd’hui encore j’ai hâte de connaître le cours de la journée suivante.

Quels sont les premiers médias à s’être intéressé à tes exploits ?

Le magazine belge « Grandes courses », qui a hélas depuis longtemps cessé de paraître, a donné un écho médiatique à mon tour du monde. Une certaine notoriété voyait le jour au regard de la part de rêve qu’évoque un tour du monde en courant. Cette odyssée planétaire était de surcroît une première mondiale. De quoi affoler les médias en général.

Les gens que tu as croisés t’ont-ils pris pour un fou ?

Faire le tour du monde en courant : une folie enviée de tous !

Quelle est ton souvenir le plus fort de ce premier tour du monde ?

Le franchissement de la barre des 8000 premiers kilomètres. C’était à Kathmandu. Je réalisais que plus rien ne pourrait m’arrêter.

A Amsterdam - J. Balhi

 

Interview de Jamel Balhi par Stéphane Tripot

 

3 commentaires :

  1. Valérie PARPAILLON dit :

    J’avais lu son livre « la ligne bleue » en 1989,je l’ai écouté lors d’une conférence en mars 2012 Une très belle rencontre je n’ai pas été déçue .Que du bonheur de croiser des personnes authentiques!Merci pour ce bon moment

  2. Twix dit :

    Cette interview me fait halluciner. C’est incroyable.
    J’espère que vous passerez dans ma région bientôt et que je pourrai venir vous poser 2 ou 3 questions.

    Je cours à la fnac aujourd’hui pour acheter votre dernier livre.

    Bravo.

  3. Martine Le Floch dit :

    Je souhaite à beaucoup de monde de rencontrer Jamel Balhi.
    Une rencontre que l’ on n’oublie pas.

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