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		<title>Bon appétit !</title>
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		<pubDate>Sat, 12 May 2012 20:14:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jamel Balhi</dc:creator>
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La Puszta me donne des maux d’estomac. A chaque pays, de nouvelles habitudes alimentaires à prendre. Dans cette thébaïde hongroise qu’est la Puszta, pour caler une petite faim j’ai acheté des saucisses dans une épicerie du pittoresque village Hortobagy. Les prenant pour du saucisson, je les ai avalées toutes crues. Savoir déchiffrer le hongrois sur l’emballage m’aurait<a href="http://www.coureur-du-monde.org/bon-appetit-2">&#160;&#160;(lire la suite...)</a>]]></description>
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<p><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/05/Cambodge-Bouffeur-de-cafard-Siem-Reap1.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-785" title="Bouffeur de cafards - Siem Reap, Cambodge" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/05/Cambodge-Bouffeur-de-cafard-Siem-Reap1-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a>La Puszta me donne des maux d’estomac. A chaque pays, de nouvelles  habitudes alimentaires à prendre. Dans cette thébaïde hongroise qu’est  la Puszta, pour caler une petite faim j’ai acheté des saucisses dans une  épicerie du pittoresque village Hortobagy. Les prenant pour du  saucisson, je les ai avalées toutes crues. Savoir déchiffrer le hongrois  sur l’emballage m’aurait évité quelques douleurs intestinales.<br />
Aventurier est une activité que je pratique à plein temps sur les routes  de la planète. Et l’aventure se vit parfois aussi devant l’assiette.  Les cuisines du monde constituent un véritable voyage à travers les  cultures et les habitudes des peuples. Certains s’avèrent plus périlleux  que d’autres…<br />
On dit que l’appétit vient en mangeant, mais ce n’est pas toujours vrai.<br />
Au Japon, j’ai goûté au fameux utérus de truie, communément appelé  kobukuro, sorte de gélatine rose dégustée crue avec du riz, à l’aide des  incontournables baguettes.<br />
Sur l’Altiplano bolivien une famille de paysans aymaras m’a fait  l’honneur d’un fœtus de lama séché, non seulement pour me remplir  l’estomac mais surtout pour éloigner les mauvais esprits. Autre  spécialité des pays andins, préparée sur le grill ou en ragoût : le  cochon d’Inde, fort apprécié au Pérou et en Equateur.<br />
Mes 4 ou 5 euros de budget quotidien m’astreignent aux petits  estaminets. Ces lieux servent une cuisine locale, consistante et bon  marché.<br />
Au Mexique, pour quelques pesos on m’a servi dans une gargote du Chiapas  de l’escamole. Ce « caviar d’insectes » est en réalité un plat de  larves de fourmis, présenté avec du guacamole.<br />
Certains mets peuvent s’avérer littéralement mortels, tel le Sannakji de  Corée.  Là encore, les amateurs de gélatine apprécieront. Le sannakji  est un poulpe encore vivant dans l’assiette, coupé en morceaux avant  d’être ingurgité toujours frétillant. Cependant, ses tentacules sont  encore actifs et s’ils ne sont pas avalés très vite, ils peuvent  s’agiter dans la gorge et étouffer la personne qui déguste ce plat.</p>
<p><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/05/chien.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-792" title="boîte à chien" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/05/chien.jpg" alt="" width="300" height="195" /></a>En Chine, ce pays mange-tout, la nourriture ne manque pas de  piquants, ni même parfois de poils…  Dans les campagnes reculées comme à  la ville il convient de laisser à l’entrée du restaurant ses états  d’âmes afin d’apprécier pleinement le plat du jour.<br />
Chiens, chats, cafards grillés, araignées, potage de chauve-souris,  cervelle de singe… on dit que les chinois mangent tout ce qui est doté  de pattes, sauf s’il s’agit d’une table ou d’une chaise.<br />
Autre spécialité chinoise qu’on m’a servie dans l’Empire du Milieu : les  Œufs de cent ans.  Ces œufs recouverts de chaux, de cendre, de sel et  de thé, sont enterrés dans des pots de terre qu’on laisse fermenter  pendant 100 jours. Le blanc prend une couleur ambrée et le jaune devient  vert. L’odeur très prononcée d’ammoniaque qui s’en dégage ne laisse  aucun doute, on mange réellement des œufs pourris. A déguster avec des  brochettes d’hippocampes.</p>
<p>Au Cambodge, pour remercier une famille paysanne de son hospitalité  dans la petite ville de Siem Reap, j’ai proposé d’acheter quelques  provisions pour le repas.<a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/05/Equateu-Cuy1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-790" title="Cochon d'Inde cuit - Equateur" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/05/Equateu-Cuy1.jpg" alt="" width="285" height="189" /></a><br />
Les cinq membres de la famille habitent une masure en bois posée de  travers sur des pilotis qui la protègent des insectes et des  inondations. Avec le père, Ki, nous partons au marché chercher quelques  victuailles. Ce dernier me conduit dans une échoppe de la place. Dans  cet antre lugubre où baigne une odeur de viande inconnue macérée dans la  coriandre, on vend du chien, vivant ou mort. L’homme en choisit un pas  trop osseux que nous rapportons à la maison. Sa femme Kamg découpe  aussitôt l’animal en morceaux pour le cuire avec du curry et de la sauce  de gingembre. Le plat est accompagné du traditionnel riz. Toute la  sainte famille s’installe sur le sol autour d’une natte de joncs et je  goûte à ce festin qui m’aura coûté 20 000 riels, soit 3 vénérables  euros. J’ai droit à la patte avant droite. Manger du chien n’empêche en  rien de posséder son propre compagnon domestique à quatre pattes, bien  vivant. Celui-ci nous observe rogner nos os de chien, à courte distance  en dodelinant de la tête.</p>
<p>D’autres spécialités locales ont généré en moi un certain dégoût,  comme le fameux thé tibétain à base de beurre de yak fondu – au goût  très rance – agrémenté de sel de farine d’orge grillée : la tsampa.  Impression de boire une soupe saveur “motte de beurre restée trop  longtemps au fonds d’un panier”. Un thé aussi épais que peu appétissant,  que j’ai dû absorber chaque jour faute d’une meilleure nourriture pour  parcourir au cœur de l’hiver la longue route reliant Kathmandu et  Lhassa. Dans les épiceries sur le toit du monde, les marchandises au  choix très limité parviennent à bord de vieux camions depuis la  Chine. Les possibilités de se ravitailler étant rares, j’achetais à  dessein des biscuits pâteux et sans saveur afin de ne pas les manger  trop vite et les faire durer le plus longtemps possible.</p>
<p>Dans les gargotes de Saigon, on vous sert à la louche pour  accompagner le plat du jour du jus… de cobra et de scorpion que l’on  voit effectivement flotter dans la jarre.</p>
<p>Sous le ciel hivernal de la Puszta, cette région de Hongrie vouée à  l’élevage du bétail, ressurgit dans ma mémoire l’image de ces animaux  transformés en “mets savoureux”.<br />
Un quart de l’humanité mange à l’aide de baguettes ; un deuxième quart,  soit un milliard et demi de personnes utilisent la main, un troisième  quart se sert de couteaux et de fourchettes ; le quatrième quart de  l’humanité… ne mange pas.<br />
Pour ma part, je ne mange que le soir. Je démarre toujours mes journées à  jeun, et quelques grignotages me permettent d’attendre le soir pour  dîner, y compris pendant une longue route. C’est de ce repas vespéral  que je tirerai l’énergie du lendemain. La curiosité me fait goûter à des  plats inconnus mais je ne suis pas un gourmet et ne fais pas de la  nourriture une légende personnelle.</p>
<p>Cependant, il est des cuisines succulentes, et la turque vient à mon goût en haut du palmarès.<br />
Propice aux découvertes les plus singulières le voyage réserve de belles surprises, et pas uniquement au fond de l’assiette.<br />
Déserts, chaînes de montagnes, pays en guerre, à chaque région du monde  ses difficultés et ses incertitudes. J’ai approché au plus près la  guérilla urbaine de Bangkok durant le printemps 2010, dormi et mangé  avec les insurgés de la place Al Tahrir du Caire au plus fort de la  révolution égyptienne de février 2011. A Macao je vivais dans la peau  d’un clochard volontaire couchant sur les bancs publics face aux  prestigieux casinos de cette nouvelle capitale du paraître. Puis les  grincements des bandits manchots ont cédé la place à la sérénité  empreinte de religion sur le col du grand Saint-Bernard, où de vieux  chanoines dispensent aux pèlerins une hospitalité millénaire…</p>
<p><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/05/brochette-de-grenouilles-vietnam.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-795" title="brochette de grenouilles - vietnam" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/05/brochette-de-grenouilles-vietnam.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Miami &#8211; Key West  (décembre 2011)</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Feb 2012 08:54:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jamel Balhi</dc:creator>
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<p style="text-align: center;"><strong><em> </em></strong><strong><em> </em></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’ai quitté Miami en courant. Direction le Sud, le bout pointu de la Floride sur la carte du grand pays. Downtown Miami est encore loin des marécages et des mangroves du sud, mais c’est déjà la jungle. A l’heure de l’ouverture des magasins, pour ceux qui ferment encore la nuit, la foule se presse, il y en a même qui courent tellement il sont pressés de ne rien rater d’une journée de travail qui débute à grands coups de décibels.  Marteaux piqueurs et sirènes d’ambulances fonceuses s’ajoutent au majestueux concert d’une ville qui ouvre. Je cours moi aussi, mais c’est pour atteindre Key West, l’ultime île au sud de l’archipel des Keys, chapelet d’îlots reliés chacun par des ponts. Une  ballade bercée par le si familier ronronnement de</p>
<div id="attachment_752" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/02/USA-Iguane-de-compagnie-USA.jpg"><img class="size-full wp-image-752" title="USA - Iguane de compagnie - USA" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/02/USA-Iguane-de-compagnie-USA.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Iguane de compagnie </p></div>
<p>l’autoroute, qu’en Amérique on appelle le <em>freeway</em>. Etre “sur la route” aux Etats-Unis, pour un routard, c’est littéralement être <em>en</em> Amérique. L’imaginaire fait ressurgir de notre enfance ces heures passées à regarder les feuilletons à la télévision. Je ne compte plus les fois où je suis venu dans ce grand pays, dix fois, peut-être quinze, ayant connu bien des aspects de la société Américaine… Dans les Armées du salut où j’ai posé mon barda pour une nuit ou deux, ou les plages de Californie. Mes pieds ont foulé déserts et chaînes de montagnes, de l’Arizona au Colorado. Je me suis aussi vu discerner le statut de citoyen d’honneur de Los Angeles, de New York, de San Diego, de Huston, et bien d’autres villes encore… L’Amérique récompense ceux qui osent se frotter à elle. De l’Alaska à la Patagonie et de San Francisco à New York, je porte encore l’Amérique sous les semelles.<strong><em> </em></strong><br />
Et c’est toujours en anonyme qu’une nouvelle journée commence. Où est la route de Key West ?Je demande mon chemin à un couple, et me voit aussitôt répondre “nous ne sommes pas d’ici !”. A Miami personne n’est d’ici. Quand ils ne sont pas de Cuba ou du Mexique, ils sont du Connecticut, du Montana ou d’une autre région où il ne fait pas bon être en hiver. La ville de Miami appartient à tout le monde et à personne. d’ailleurs je la quitte. Un jeune en bermuda, tongs et casquette de baseball portée à la canaille m’indique enfin comment rejoindre Key Biscayne, à pied, sans devoir escalader les rambardes des freeways, et finir ma course à l’arrière d’une voiture noire et blanche de police. Nous marchons quelques kilomètres ensemble. Tony, mon nouveau camarade de trottoir, lui, il est bien d’ici, même s’il ne possède ni Rolls ni Jaguar. Seulement une paire de tongs pour avancer. Il s’indigne de voir autant de luxe dans la ville qui l’a vu naître. Mais comment rendre Miami si étincelante sans ses apparats pour milliardaires en villégiature ? Key Biskayne est le tout premier îlot, situé à une dizaine de miles du centre de Miami. Je cours sur un pont de plusieurs kilomètres, cerné par les immensités bleues. A ma gauche l’océan atlantique, à droite le golfe du Mexique… à peine quelques mètres séparent ces deux déserts liquides. Au sommet de la courbure qui marque le milieu, où passent les gros navires, deux jeunes filles enlacées comme une pieuvre à deux têtes échangent un langoureux baiser de cinéma, sous un ciel sans nuage. Cette scène m’offre un petit avant-goût de Key West.</p>
<p><strong><em>Lit en béton</em></strong><br />
En contrebas du pont mon attention est attirée par la présence d’un manatee, plus connu en Floride sous le nom de <em>sea cow</em> ou “vache de mer”. Cette masse de 500 kilos ressemble plutôt à un petit hippopotame errant dans les fonds marins. Avec les<a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/02/USA-Du-ressort.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-744" title="USA - Du ressort" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/02/USA-Du-ressort.jpg" alt="" width="230" height="152" /></a>tortues géantes, les nombreux iguanes et ibis qui se prélassent au soleil, le paysage ne manque pas de pittoresque. J’en profite pour descendre sous le pont, goûter et comparer la salinité des deux océans. La nuit tombe tandis que j’approche de Key Biscayne. Comme à New York, rues et avenues se croisent pour enfermer la ville dans la prison formée par cette grille géométrique. Pensant que le sable doit y encore être chaud, je cherche en vain une plage pour y passer la nuit. Impossible d’accéder à ces petits coins de cartes postales malgré le nom prometteur sur les plaques des rues. <em>Ocean drive</em>, <em>Beach avenue</em> ou <em>Coconut street</em> conduisent bien vers l’océan mais aboutissent sur des résidences gardées par des hommes armés, avec voitures de sheriff prêtes à l’emploi. Privé de sable je m’endors sur un banc public au bord d’un terrain de football. Quelques heures plus tard je suis réveillé par la pluie tropicale, aussi tiède que brève. Au milieu de la nuit je m’en vais à la recherche du sommeil sous le dais d’un jardin, proche de l’enceinte sportive. Au petit matin ce sont les premiers lancers du ballon ovale qui me sortent de mon lit en béton. Le plus important est d’avoir échappé à la torche électrique d’une paire de policiers. Ces derniers n’auraient pas hésité à me secouer par les côtes. Des panneaux disséminés un peu partout – certains sont même cloués sur les troncs d’arbres – interdisent à quiconque d’occuper squares et parcs entre 23 heures et 7 heures le matin. Le gouvernement américain peut s’abroger le droit de bombarder et envahir des pays étrangers, mais interdire les promenades nocturnes dans ses propres jardins publics.</p>
<p><strong><em>Vous dormirez dans notre tent</em></strong><em><strong>e</strong></em><br />
Le ruban d’asphalte me conduit plus au sud, vers Key Largo puis Marathon où je vais traverser le fameux Seven-miles Bridge. Un pont de 11 kilomètres qui me donne la sensation de courir au-dessus de l’eau. Une heure plus tard je parviens au bout de cette longue route de béton posée au milieu des océans. Le soir tombe et le ciel s’illumine de tout son feu vespéral. Je parviens à Sunset Key, petit confetti minéral, île flottante sur l’océan, décorée de cocotiers et de sable blanc. Quelques maisons et un luxueux camping sous la végétation tropicale empêchent de faire croire à une île déserte. Une voiture s’arrête à mon niveau et un couple de retraités s’inquiète de ma présence dans ce coin perdu. Dans un pays où la voiture est reine, se déplacer à pied sur une route est perçu comme une activité suspecte, en particulier dans les paradis pour riches. J’explique mon histoire à madame. Après une brève concertation avec monsieur, celle-ci me propose de grimper à l’arrière de la somptueuse limousine. “Vous dormirez dans notre tente !” Je reste dubitatif… Le couple s’empresse de me préciser que cette tente, au seuil de leur camping-car, sert de cuisine et salon de jardin.  Me voilà rassuré ; je ne jouerai pas au chaperon pour retraités. “Nous t’offrons l’hospitalité en échange de toutes les histoires que tu nous raconteras”, m’annonce Margaret, âgée de 70 ans et vêtue comme une reine d’Angleterre en visite dans une lointaine île de l’empire britannique. Je ne manque pas de répondre “vous risquez de ne pas dormir de toute la nuit”. Un camping-car ? Plutôt un palace sur roues doté de tout le luxe, indispensable comme superflu. L’Internet, grâce au relais satellite,  télévision  avec écran vaste comme une voûte étoilée, aux milliards de chaînes ; quatre chambres, dont la plus divine, réservée aux maîtres de céans ; salle de bains, toilettes, cuisine, canapé. Pour se rendre au supermarché de Key Largo, on préférera utiliser la limousine, tractée à l’arrière du camping-car lors des grands déplacements. Margaret et Williams séjournent six mois par an dans ce camping, et passent le reste de l’année dans leur maison au Montana, durant la saison chaude. S’ils mènent la vie des oiseaux migrateurs, ils se déplacent en s’assurant un maximum de confort. Des voisins de camping sont invités à cette soirée improvisée. Tout a été prévu  pour prévoir l’imprévu, y-compris la bouteille de champagne achetée en France sur Internet. En cas d’imprévu… William a le souffle coupé en me voyant gonfler à grands poumons le matelas pneumatique qui me servira de lit. Une pompe électrique était bien entendu prévue pour ce genre de corvée. En guise de bonne nuit, je m’entends dire “il y a de la bière au frigo, si tu as soif il n’y a qu’à te servir !” Haricots, ketchup, omelette, bacon, muffins, pain de mie, sirop d’érable, jus d’orange, café… Voilà pour le petit déjeuner matinal, mais, fidèle à mes habitudes, je ne prends que du café.</p>
<div id="attachment_741" class="wp-caption aligncenter" style="width: 269px"><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/02/USA-La-classe.jpg"><img class="size-full wp-image-741" title="USA - La classe" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/02/USA-La-classe.jpg" alt="" width="259" height="173" /></a><p class="wp-caption-text">La classe !</p></div>
<p><strong><em>Clandestins</em></strong><br />
La route poursuit son cours, sous les effluves d’une végétation en décomposition dans la mangrove. Le son de mes pas réveille les iguanes assoupis sous le soleil. Ils s’enfuient comme des moineaux effarouchés avant que je n’arrive à en attraper un. Au bord de la route des panneaux publicitaires se veulent rassurants. “Patience, plus que 10 miles avant le prochain Mac Donald’s”. Les <em>Hell’s Angels</em> roulent sans casque mais avec le sourire. Après tout, des anges, même sortis de l’enfer, restent des anges. Dans le ciel, des Zeppelins géants flottent, immobiles et silencieux, très haut au-dessus de l’océan. Ces jumelles célestes, scrutent la surface de l’océan à la recherche de ces immigrés cubains bravant chaque jour le golfe du Mexique pour tenter clandestinement la traversée vers la Floride. Entassés sur de fragiles petits bateaux en bois, ils ont toutes les malchances du monde pour être interceptés par la police américaine bien avant d’atteindre les côtes de l’Eldorado. Ces Cubains des mers me rappellent les réfugiés connus à Calais. Ils portent très loin, au péril de leur vie, leurs rêves d’une vie meilleure. Ils me rappellent aussi ces bébés tortues sur les plages des Galapagos. Venant tout juste crever leur coquilles d’œufs sur le sable, ces petites tortues aux pattes encore frêles doivent se hâter de rejoindre les vagues de l’océan ; assez vite pour ne pas être avalés par les prédateurs.</p>
<p><strong><em>Paradis pour tous</em></strong><br />
Après deux cent cinquante kilomètres de course je parviens à Key West, la dernière île de l’Archipel des Keys. C’est le point le plus austral des Etats-Unis, situé à moins d’une centaine de kilomètres de Cuba. C’est pour moi la fin de la route. Sur Duval, principale artère de Key West, un homme à l’allure de Hell’s Angel arpente le trottoir, avec un long iguane sur l’épaule. Le reptile, vivant, porte une paire de lunettes de soleil sur le bec. Un autre hurluberlu pédale sur un tricycle avec son perroquet en équilibre sur l’épaule. Cette partie du monde exhale assez de folie pour ne jamais s’y ennuyer, à la faveur d’un climat enchanteur tous les jours de l’année. Sous le soleil de Floride, les noëls passent inaperçus. En Floride il y a décidément un paradis pour tous. Depuis des décennies ces plages de sable fin accueillent les gays et lesbiennes. Avec le drapeau indiquant la force des vagues, flotte également la bannière aux couleurs arc en ciel. L’écrivain Ernest Hemingway, auteur du <em>Vieil homme et la Mer</em> vécut à Key West une partie de sa vie, parmi d’autres auteurs. Transformée en musée, sa maison se visite au prix de trois fois celui du Louvre. Sur leur enseigne, les restaurants touristiques clament le statut  de “restaurant le plus au Sud des Etats-Unis”. Une imposante borne de couleurs indique “Southernmost point of the United States”. Fin des Etats-Unis d’Amérique… “Magasin de souvenir le plus au sud des USA”, hôtel le plus au sud”, “toilettes les plus au sud…” Tous les commerces, y-compris les latrines payantes, revendiquent cette caractéristique géographique : être le plus au sud possible. Un homme d’une cinquantaine d’années m’aborde, l’air menaçant… Ses tatouages et son haleine d’ivrogne en disent long sur son parcours. Il prétend m’avoir reconnu. Selon lui je suis un agent fédéral des tribunaux américains. Il y a quelques années je l’aurais fait subir un interrogatoire avant de le jeter en prison dans l’Etat du Connecticut. Est-ce une farce ? Un trop plein d’alcool, ou juste la folie ordinaire de la vie sous les cocotiers ? Je menace à mon tour le mythomane.<br />
– Si tu ne me laisses pas tranquille j’appelle les collègues, et nous allons te remettre en prison jusqu’à la fin de tes jours.</p>
<p>J’aime l’Amérique. Un pays qui fabrique assez de folie pour qu’on ne s’y ennuie jamais.</p>
<div style="text-align: center;">
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<div id="attachment_739" class="wp-caption aligncenter" style="width: 315px"><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/02/En-Floride-le-soleil-le-climat-ensoleillé-incite-à-la-pratique-quotidienne-du-sport-en-particulier-la-course-à-pied.-Chacun-adapte-son-style-vestimentaire-à-ses-goûts.jpg"><img class="size-full wp-image-739 " title="Courir sous le soleil de Floride" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/02/En-Floride-le-soleil-le-climat-ensoleillé-incite-à-la-pratique-quotidienne-du-sport-en-particulier-la-course-à-pied.-Chacun-adapte-son-style-vestimentaire-à-ses-goûts.jpg" alt="" width="305" height="203" /></a><p class="wp-caption-text">Sous le soleil de Floride</p></div>
</dd>
</dl>
</div>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;"><strong><em> Par Jamel Balhi </em></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Comment Jamel Balhi est devenu photographe (Interview)</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Jan 2012 08:45:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Steph</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>

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Être à la fois un grand aventurier et un photographe reconnu n&#8217;est pas si courant. Jamel Balhi répond à quelques questions sur la façon dont il est devenu photographe, et sur sa façon de vivre la photo. Jamel, comment es-tu devenu photographe ? Lorsque je parcourais l&#8217;Arabie saoudite, quelqu&#8217;un m&#8217;a présenté au prince Fahd, fils<a href="http://www.coureur-du-monde.org/jamel-balhi-photographe">&#160;&#160;(lire la suite...)</a>]]></description>
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<p>Être à la fois un grand aventurier et un photographe reconnu n&#8217;est pas si courant. Jamel Balhi répond à quelques questions sur la façon dont il est devenu photographe, et sur sa façon de vivre la photo.</p>
<h2>Jamel, comment es-tu devenu photographe ?</h2>
<p><img class="size-medium wp-image-686 alignright" title="USA - Photographe du Monde - Arizona [800x600]" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/01/USA-Photographe-du-Monde-Arizona-800x600-300x200.jpg" alt="USA - Photographe du Monde - Arizona" width="300" height="200" />Lorsque je parcourais l&#8217;Arabie saoudite, quelqu&#8217;un m&#8217;a présenté au prince Fahd, fils du monarque. Celui-ci  m&#8217;a offert un appareil photo en guise de cadeau de bienvenue dans le Royaume. C&#8217;était mon tout premier appareil.</p>
<h2>Et comment tu as appris les techniques du métier ?</h2>
<p>Je me suis aussitôt procuré des guides d&#8217;apprentissage  de la photographie et la Terre entière devenait peu à peu mon école pour apprendre le métier. Je fais tout en lumière naturelle et n&#8217;utilise jamais de flash ; d&#8217;ailleurs je n&#8217;en possède pas.</p>
<h2>Qu’est-ce qui fait que tu t’arrêtes de courir pour prendre une photo ?</h2>
<div id="attachment_690" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-690" title="Bolivie - Jeune Bolivien de l'Altiplano" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/01/Bolivie-Jeune-Bolivien-de-lAltiplano-300x195.jpg" alt="Bolivie - Jeune Bolivien de l'Altiplano" width="300" height="195" /><p class="wp-caption-text">Bolivie - Jeune Bolivien de l&#39;Altiplano</p></div>
<p>C&#8217;est assez instinctif. Il y a les photos d&#8217;illustration puis celles qui résumeront au mieux un voyage, comme les personnes rencontrées.  Egalement ce qui me permet de raconter des choses. Une vache en train de mettre bas dans un pâturage, un enfant jouant avec ses copains, des militaires tirant sur une foule énervée&#8230; Les occasions sont aussi variées qu&#8217;infinies, c&#8217;est pourquoi j&#8217;ai choisi de vivre à l&#8217;échelle planétaire.</p>
<h2>Es-tu passé au numérique ?</h2>
<p>J&#8217;ai fait mon entrée dans le monde du numérique en 2011  J&#8217;étais à New York  lorsque j&#8217;ai eu l&#8217;occasion d&#8217;essayer un boîtier numérique. Et non sans regrets j&#8217;ai laissé de côté mon vieux boîtier Leica en métal pour pour la complexité de l&#8217;électronique. Cela équivaut à changer de métier.</p>
<h2>Comment es-tu perçu par les gens que tu photographies ?</h2>
<p>Arriver à pied est l&#8217;une des meilleures clés de contact avec les gens. Lorsque je raconte mon histoire, mon boîtier est accepté, et le photographe que je suis finit par s&#8217;infiltrer.</p>
<h2>
<div id="attachment_699" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-699 " title="Arménie - Plaine enneigée - Spitak" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/01/Arménie-Plaine-enneigée-Spitak-300x197.jpg" alt="Arménie - Plaine enneigée - Spitak" width="300" height="197" /><p class="wp-caption-text">une plaine enneigée Spitak, en Arménie</p></div>
<p>Courir avec un appareil photo n’est pas trop contraignant ?</h2>
<p>Il est plutôt tenu sur le ventre grâce à une sangle. Aujourd&#8217;hui ne pas être affublé de ces 3 kilogrammes me gênerait. Rajoutons le trépied et les objectifs, et voici l&#8217;intégralité de mon barda. J&#8217;ai parcouru ainsi plusieurs centaines de milliers de kilomètres à travers le monde, et tout rapporté en images.</p>
<h2>Quels pays as-tu pris le plus de plaisir à photographier ?</h2>
<p>Incontestablement l&#8217;Inde.</p>
<div id="attachment_687" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-687" style="border-style: initial; border-color: initial;" title="Inde - La vache et l'éléphant - Udaipur" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/01/Inde-La-vache-et-léléphant-Udaipur-300x194.jpg" alt="Inde - La vache et l'éléphant - Udaipur" width="300" height="194" /><p class="wp-caption-text">Inde - La vache et l&#39;éléphant - Udaipur</p></div>
<p>Un paradis de lumière, de couleurs et de poussière. Ce pays m&#8217;a fait offert mes plus belles photos. Lorsqu&#8217;on avance en Inde,  plusieurs époques de l&#8217;Histoire s&#8217;étalent simultanément devant le regard, du moyen-âge à aujourd&#8217;hui. Sur la voie publique on peut croiser un char à boeufs mérovingien en même temps qu&#8217;une Rolls conduite par un jeune roi de la finance. J&#8217;aime les foules indiennes, le désordre général des rues.  À coté des scènes chaotiques de la vie, les rites religieux revêtent une grande beauté esthétique. Dommage qu&#8217;on ne puisse photographier les odeurs.</p>
<h2>Te sens-tu davantage photographe-reporter ou artiste-photographe ?</h2>
<p>Le reportage-photo permet de dire &laquo;&nbsp;j&#8217;y étais, voici ce que j&#8217;ai vu&nbsp;&raquo;. Je laisse trainer mon regard un peu partout, en m&#8217;attardant sur l&#8217;esthétique. Je m&#8217;attache aussi beaucoup à la qualité de la lumière. Par exemple lorsque j&#8217;étais sur la place Al Tahrir au Caire en février 2011, une page d&#8217;Histoire se tournait devant mes yeux. Cependant photographier la réalité n&#8217;était pas suffisant pour rendre l&#8217;image intéressante.</p>
<div id="attachment_499" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-full wp-image-499 " style="border-style: initial; border-color: initial;" title="Enfant de la Révolution - Le Caire" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/02/Enfant-de-la-Révolution-Le-Caire1.jpg" alt="Enfant de la Révolution - Le Caire ©J.Balhi" width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Enfant de la Révolution - Le Caire</p></div>
<p>Il fallait également employer les ficelles du journalisme, montrer des scènes différentes de ce qu&#8217;on nous montre habituellement.</p>
<p>Pendant la révolution au Caire, j&#8217;avais noté qu&#8217;il y avait de nombreux enfants sur la place, avec leurs parents et même leurs grand-parents. J&#8217;avais plutôt envie de montrer le côté jovial et familial du conflit qui se jouait sur la place, alors que je lisais partout dans la presse que cette révolution était le fait de musulmans extrémistes guidés par quelque obscure tropisme.</p>
<h2>Quelles sont les 3 photos que tu regardes avec le plus d’émotion ?</h2>
<p>La photo prise en compagnie du Pape Jean Paul II. C&#8217;était la rencontre avec un vieil homme. Je touchais du doigt la sagesse. Dommage que ce jour-là le protocole du Vatican m&#8217;a fortement conseillé, sinon obligé, de porter une cravate !<br />
Ces deux enfants tibétains rencontrés au lendemain d&#8217;un rocambolesque passage de la frontière depuis le Nepal. Ces deux enfants m&#8217;ont offert d&#8217;emblée une authentique image du Tibet. Et puis ce couple de  paysans mozambicains photographiés dans une lumière vespérale. Cette image est pour moi le reflet de toutes les campagnes africaines. S&#8217;il fallait répondre encore à la question, je choisirais trois autres photos&#8230;<br />
<img class="alignnone size-full wp-image-721" title="Photos de Jamel Balhi" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/01/3-photos.jpg" alt="Photos de Jamel Balhi" width="636" height="429" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_701" class="wp-caption alignright" style="width: 207px"><img class="size-medium wp-image-701" title="Chine - La route de Kashgar" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2012/01/Chine-La-route-de-Kashgar-197x300.jpg" alt="Chine - La route de Kashgar" width="197" height="300" /><p class="wp-caption-text">Chine - La route de Kashgar</p></div>
<h2>Si tout était possible, où aimerais-tu exposer tes photos de voyages ?</h2>
<p>Jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui j&#8217;ai exposé mes photos dans des lieux très diversifiés, de l&#8217;Unesco aux petits centres culturels à travers la France.  je n&#8217;ai pas d&#8217;endroits de prédilection car, à l&#8217;instar de mes voyages,  j&#8217;aime aller partout. Quand on incarne ce que l&#8217;on est, on n&#8217;attend aucune consécration.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>[<a title="Photos de Jamel Balhi" href="http://www.coureur-du-monde.org/photos-de-jamel-balhi-photographe-aventurier">voir l'album photos de Jamel</a>]</p>
</div>
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		<title>Miami, comme au cinéma (novembre 2011)</title>
		<link>http://www.coureur-du-monde.org/miami-comme-au-cinema-novembre-2011</link>
		<comments>http://www.coureur-du-monde.org/miami-comme-au-cinema-novembre-2011#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 07 Dec 2011 16:04:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jamel Balhi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Voyages de Jamel Balhi en courant]]></category>

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		<description><![CDATA[<style type="text/css">
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Le métier de voyageur n’est pas un métier comme les autres. On est toujours au premier plan de tout. Rencontre avec un clochard Miami beach. Sur Collins avenue un clochard handicapé dans un fauteuil roulant me demande de l&#8217;aider à traverser. J&#8217;accepte volontiers mais parvenu sur le trottoir d&#8217;en face, l&#8217;homme me demande si je<a href="http://www.coureur-du-monde.org/miami-comme-au-cinema-novembre-2011">&#160;&#160;(lire la suite...)</a>]]></description>
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<p style="text-align: left;">Le métier de voyageur n’est pas un métier comme les autres. On est toujours au premier plan de tout.</p>
<h2 style="text-align: left;">Rencontre avec un clochard</h2>
<p style="text-align: left;"><strong><img class="alignright size-medium wp-image-382" title="Miami Beach, Jamel Balhi" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/12/Une-rue-de-Miami-Beach-avec-ses-batiments-au-style-Art-déco-300x199.jpg" alt="Miami Beach, Jamel Balhi" width="300" height="199" />Miami beach</strong>. Sur Collins avenue un clochard handicapé dans un fauteuil roulant me demande de l&#8217;aider à traverser. J&#8217;accepte volontiers mais parvenu sur le trottoir d&#8217;en face, l&#8217;homme me demande si je veux bien le pousser un peu plus loin, jusqu&#8217;à la bibliothèque publique.  J’ai tout mon temps, va pour un bon kilomètre de trottoirs et de rues à traverser ! Je pousse avec précaution et méthode la charrette et son occupant à travers l’historique quartier Art déco de cette ville &#8211; ô combien cinématographique. Me voilà à présent homme de compagnie pour clochard en fauteuil roulant. Chemin faisant nous échangeons quelques mots. L&#8217;homme que je promène s&#8217;appelle Peter. Âgé de 60 ans il vit dans un refuge psychiatrique de Miami. Il affirme qu&#8217;un abus de marijuana pendant quatre ans lui a fait perdre sa tête. Les deux seuls chicos qu&#8217;il lui reste à la mâchoire inférieure ont figé son visage dans un sourire permanent. Sur le seuil de la grande bibliothèque mon clochard sur roues ose quand même demander si, par hasard,  je n&#8217;aurais pas deux ou trois dollars à lui donner. Je lui réponds que ce serait plutôt à moi de réclamer un petit pourboire pour le service rendu. Un transport de malade effectué avec style, sans la moindre secousse à la descente des trottoirs, ça mérite récompense, non ?</p>
<p style="text-align: left;">Nous nous quittons sur un sourire.</p>
<p style="text-align: left;">Offrir son temps et ses capacités au profit des autres ne signifie pas mettre ses dollars à leur disposition, a fortiori lorsqu&#8217;on voyage avec un budget limité.</p>
<p style="text-align: left;">Il est vrai qu&#8217;en Amérique même les grains de sable ont un prix. Trouver une plage dont l&#8217;accès ne soit pas tarifé relève d’une opération très délicate, parfois même clandestine.  Il faut marcher jusqu’aux abords de la périphérie pour goûter à la trilogie <em>sea sieste and sun</em>. La plage de Miami Beach a échappé à la règle des plaisirs payants. Cette ville à part entière, de 88 000 habitants, mérite son appellation.  Je viens ici surtout pour observer la foule des joggers foulant le rivage de l&#8217;océan Atlantique, dans un décor de cocotiers et de sable blanc. Tous les âges, toutes les couleurs de peaux et toutes les classes sociales défilent devant moi. Chacun a modelé la course à pied en art personnel, comme ce papa dans le vent joggant derrière une poussette où dorment à poings fermés ses deux petits jumeaux. Un autre père de famille juif orthodoxe, en chemise blanche, pantalon et chapeau de feutre noir, court en tenant par la main ses deux fils d&#8217;une dizaine d&#8217;années, habillés tout comme lui. Une dame âgée passe elle aussi en courant. Elle est entièrement vêtue de rose jusqu’au bout des lunettes… et du téléphone portable. Elle sied à merveille au paysage.</p>
<p style="text-align: left;">Je suis étonné par cette propension des hommes à se retrouver torse nu seulement quand les mécaniques sont gonflées à bloc. Sous le soleil de Floride, le body building est un sport qui s’exhibe, et c’est précisément pour cette raison qu’on le pratique.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/12/USA-Dance-du-Drag-Queen-Miami-Beach.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-396" title=" Dance du Drag-Queen - Miami-Beach" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/12/USA-Dance-du-Drag-Queen-Miami-Beach-300x199.jpg" alt=" Miami-Beach - J. Balhi" width="260" height="173" /></a></p>
<p style="text-align: left;">Passent des Ferrari, des Corvette et autres Rolls Royce ; indispensables agréments visuels pour compléter un décor familier de cinéma. Miami Beach est une scène de théâtre au bord du chaud et accueillant océan Atlantique. Le quartier Art Déco possède encore ce petit air de la Belle époque, du temps de Bogart et Lauren Bacall. Fini le noir et blanc, aujourd&#8217;hui Miami Beach s&#8217;admire en Technicolor, les yeux ouverts en grand sur les surfeurs, skateboarders, kyte surfers et  mamy  joggeuse. A chacun sa vague, à la faveur d’une météo toujours au beau fixe. J&#8217;aperçois une Cadillac rose fluo décapotable, mise en vente sur Ocean drive. Sur l&#8217;écriteau on peut lire : <em>you&#8217;d look cool driving me</em>. T&#8217;auras l&#8217;air cool à mon volant. Quoi de plus américain que le mot <em>cool</em>.<br />
Le ciel bleu est envahi par les passages répétés de petits avions publicitaires suivis d’une traînée de lettres géantes à la gloire du Magic City Casino.  On se croirait un peu sur les plages de la Côte d&#8217;Usure entre Saint-Raphaël et Nice. Présents partout, les panneaux publicitaires vous volent votre  volonté et anéantissent votre faculté de réfléchir. Vous les évitez avec dédain, ils savent où vous trouver pour mieux vous achever.</p>
<p style="text-align: left;">La 12ème rue est le point de ralliement des gays et lesbiennes. Chaque week end est l&#8217;occasion d&#8217;assister à de mini gay prides affriolantes et tapageuses. Pour qui n&#8217;est jamais allé à Disneyland, c&#8217;est l&#8217;occasion de rentrer dans le monde merveilleux de la folie ordinaire.  Des drag queens à plumes et bas résille haranguent les passants, les prennent par la main, essaient même de les embrasser&#8230; Ces hommes aux allures exagérées de femme – jusqu’à la caricature &#8211;  clament haut et fort les soi-disant bienfaits de l&#8217;homosexualité pour la société américaine. Une sono de musique techno m’envoie à la figure tous les hurlements de sa ménagerie intérieure. Sur ce coin de plage, on ne vient manifestement pas pour la <em>sieste</em>.</p>
<p style="text-align: left;">Dans un lointain passé Miami Beach était une langue de terre marécageuse et inhospitalière. Une faune et une flore exceptionnelles en avaient fait leur refuge. L’arrivée des colons européens s’est suivie de l’extermination rapide des Amérindiens Tequesta installés depuis des siècles dans le sud de la Floride.<br />
Une sorcière disloquée avec un long nez velu et enroulée dans une cape noire traîne sur un coin de trottoir, piteusement abandonnée par ses propriétaires. La sainte-citrouille Halloween vient de s&#8217;achever et des zombies sont même en vente avec 30 % de réduction. C’est la grande promotion annuelle. Après les couleurs orange et noire des petites sorcières abandonnées, voici le rouge et le vert du Noël qui s&#8217;annonce. Il fait 28 degrés,  les camions de neige synthétique ne vont  pas tarder à débarquer. Malgré la chaleur, les cocotiers et le sable chaud de la plage, le Père Noël se débrouillera pour livrer quand même.</p>
<p style="text-align: left;">J&#8217;aime traîner dans les quartiers populaires ; jusqu’à passer mes nuits dans les Armées du salut. Je rencontre surtout des pauvres, dans l&#8217;Amérique de ceux qui n&#8217;ont pas le sou, des édentés et des bigleux ne pouvant se payer des lunettes, se vêtir autrement qu&#8217;avec les frusques des missions religieuses. Sous le soleil, la pauvreté reste quand même la pauvreté.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/12/USA-Le-rêve-américain3.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-642" title=" Le rêve américain : une réalité pour beaucoup" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/12/USA-Le-rêve-américain3.jpg" alt=" Le rêve américain : une réalité pour beaucoup" width="300" height="200" /></a> A l’instar de New York, Miami est le symbole du melting-pot à l’américaine, 55 % de sa population est née à l’étranger et plus particulièrement    en Amérique latine. Située à quelques heures de bateau des Caraïbes, elle est la porte d’entrée, et surtout le port d’attache, des Latino-américains aux États-Unis. L’espagnol est tout autant parlé que l’anglais dans les rues. Mais dans certains quartiers de Miami, l&#8217;anglais est une langue étrangère.  Pour me faire comprendre je dois ressortir mon espagnol appris sur les trottoirs de Mexico à Buenos Aires. Le dépaysement est total.<br />
La 8ème rue, communément appelée &laquo;&nbsp;calle ocho&nbsp;&raquo; en espagnol (prononcer  <em>caillé otcho</em>) est le centre névralgique de Cuba à Miami, sorte de Harlem cubain, plus connu sous le nom de <em>Little Havana</em>. Je pars à la découverte de ce petit coin de Cuba, n&#8217;étant encore jamais allé sur cette grande île du Sud, située à 150  kilomètres de la Floride.  Je désire prendre une photo face à un décor qui ressemble à un tableau de l&#8217;Amérique des années cinquante, avec son vieux fast-food au mur décrépi, l&#8217;épicerie à l’ancienne et les fresques de peinture murale. Tandis que je me tiens au milieu de la chaussée, des policiers – dont une femme, enfin je crois… – sont en train d&#8217;arrêter avec brutalité un homme.  Ce dernier  est plaqué sur la façade du fast-food, les pieds écartés comme les policiers tentent de lui enfiler une paire de menottes. Les insultes fusent. Fucking ceci, fucking cela. La voiture est garée comme il se doit à califourchon sur le trottoir, le rouge et le bleu du gyrophare s&#8217;ajoutant au feu vespéral du ciel. Je m&#8217;approche et demande la permission à madame de faire des photos d&#8217;un peu plus près. &laquo;&nbsp;Tout ce que tu veux, mon gars, Miami c&#8217;est encore mieux qu&#8217;à Hollywood !&nbsp;&raquo; Quand je lui fais remarquer que je suis français, celle-ci ajoute aussitôt : &laquo;&nbsp;Ah, c&#8217;est bien votre président qui a son micro toujours ouvert ?&nbsp;&raquo; Clic ! Et madame de refermer les menottes au poignet de sa proie, poussée avec force dans la voiture comme dans un four à hamburgers.  J&#8217;ignore quel délit a pu commettre ce pauvre type mais une chose est certaine, les policiers de Miami ont la gâchette ou la combinaison orange faciles. Les sirènes de police ne manquent jamais de nous rappeler les bons vieux feuilletons télévisés. Je marche vers un prochain épisode. Ce pays est le meilleur qui soit pour perfectionner ses connaissances sur les armes à feu. J&#8217;entre dans un supermarché de la Petite Havana, toujours dans la calle ocho. Le garde de sécurité m’ordonne, en espagnol, de laisser mon sac à l&#8217;entrée du magasin. Chose rare dans le reste du pays. Est-ce parce que nous sommes dans le quartier Cubain ? Je refuse de m&#8217;exécuter et il accepte, toujours en espagnol, de me laisser rentrer… à condition de m&#8217;accompagner dans les rayons. Je n’ai pourtant nullement l’intention de commettre le braquage du siècle.  Je désire seulement acheter un coca cola.  Talonné de près par cette montagne de viande bardée d’étoiles de shérif, mes courses au supermarché ressemblent à une opération de commando.  En plus d&#8217;un sifflet, d&#8217;une matraque, d’un talkie-walkie et d’une paire de menottes, l’agent porte assez de munitions pour exterminer l’ensemble de la clientèle. Cela me distrait d’être ainsi intégré à un épisode de feuilleton américain. L’achat de ma bouteille de soda s’est soldé avec cet homme de deux mètres de haut immobile au bout de la caisse, bras croisés avec autorité. Etonnant le nombre de menottes aperçues dans le pays des hommes libres.</p>
<p style="text-align: left;">De vieux Cubains typés jouent aux dominos, attablés sur des tables en plein air  de la calle ocho. Leurs rires et leur faconde fleurent bon le <em>Buena vista social Club</em>. Je vois beaucoup d’enfants et d’ados, presque absents ailleurs dans Miami, ville favorite des retraités, qui viennent y passer l’hiver. La musique cubaine échappée des salons où l’on fume le cigare fait surtout oublier les délires et les vices de Miami Beach. Une vieille main ridée me tend un café expresso autour d’une table de jeu de dominos. Envie soudaine de partir à la découverte de Cuba, la grande Cuba… si proche qu’on peut en apercevoir les côtes. Je prends en courant la route de Key West, à la pointe sud de la Floride. Je quitte Miami et ses déboires avec en tête la pensée de Jack Kerouac mort en 1969 dans l’Etat de Floride : « La route est pure. La route rattache l’homme des villes aux grandes forces de la nature »&#8230;</p>
<p style="text-align: left;"><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong><em> par Jamel Balhi</em></strong></p>
<p style="text-align: left;">&nbsp;</p>
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		<title>Premier tour du monde en courant : interview</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Nov 2011 14:27:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Steph</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages de Jamel Balhi en courant]]></category>

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Jamel, en quelle année as-tu décidé de partir courir autour du monde ? Je crois depuis toujours. Depuis que je sais marcher. On porte toujours en soi des projets, plus ou moins grandioses et souvent liés au domaine de l’intime. En 1985 j&#8217;ai fait la connaissance d&#8217;un Chinois qui m’invite à prendre le thé à<a href="http://www.coureur-du-monde.org/premier-tour-du-monde-en-courant-interview">&#160;&#160;(lire la suite...)</a>]]></description>
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<h2>Jamel, en quelle année as-tu décidé de partir courir autour du monde ?</h2>
<p><img class="alignright size-medium wp-image-269" title="Bolivie - Sur l'altiplano avec le  volcan Sajama " src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/11/Bolivie-Sur-laltiplano-avec-le-volcan-Sajama-800x600-300x194.jpg" alt="Bolivie - Sur l'altiplano avec le  volcan Sajama " width="300" height="194" /></p>
<p>Je crois depuis toujours. Depuis que je sais marcher. On porte toujours en soi des projets, plus ou moins grandioses et souvent liés au domaine de l’intime.<br />
En 1985 j&#8217;ai fait la connaissance d&#8217;un Chinois qui m’invite à prendre le thé à Shanghai. Je courais beaucoup, des marathons et des courses encore plus longues. Ces épreuves étaient avant tout des compétitions.</p>
<p>Deux ans plus tard je décidais de partir seul vers la Chine en courant. Ce périple se transforme au fil des kilomètres en tour du monde complet. Après une somme infinie de péripéties je me suis arrêté pour le thé chez cet ami, que je connaissais à peine.</p>
<h2><strong><em>Avant d’entamer ce périple, quelles étaient tes incertitudes ou tes craintes ?</em></strong></h2>
<p><strong><em> </em></strong>Aucune ! Cela m&#8217;a protégé et renforcé dans mes convictions. J’avais déjà l’expérience des grands raids en solitaire avec un sac sur le dos, comme un Paris-Amsterdam et un Paris-Istanbul. J’avais appris à courir par tous les temps sur de longues distances, manger et boire peu, trouver rapidement un hébergement gratuit pour la nuit, comprendre des gens qui ne parlent pas ma langue… Plus tard j’apprenais même à traverser en courant des pays en guerre.</p>
<h2><strong><em>Combien de temps a duré ton premier tour du monde ?</em></strong></h2>
<p><strong><em> </em></strong>3 ans. J&#8217;ai quitté Paris par la porte de Charenton,  initialement pour une durée d’un an. Trois ans plus tard je revenais en courant par la porte de Clignancourt en étant passé par Shanghai, Tokyo et New York. Le parvis de Notre-Dame était le départ et l’arrivée.</p>
<h2><strong><em>Quel était ton rythme au départ et comment il a évolué ?</em></strong></h2>
<p><strong><em> </em></strong>Je courais des étapes quotidiennes comprises entre 60 et 80 km. Un rythme qui n&#8217;a jamais changé. J’évite ainsi de tomber dans la routine d’une succession d’étapes standardisées. Je m’arrête de courir au fil de mes envies, et des opportunités de passer la nuit dans tel ou tel lieu. Je reçois la vie comme elle se présente.</p>
<h2><strong><em>Est-ce que ton corps a mis longtemps à s’habituer à ce rythme fou ?</em></strong></h2>
<p><strong><em> </em></strong>J’ai découvert très vite les possibilités inouïes</p>
<p>d’un corps humain ainsi que les capacités d’adaptation de l’esprit aux chamboulements de la vie.</p>
<p>En ce qui me concerne, le plus dur c&#8217;est toujours les 8000 premiers kilomètres.</p>
<h2><strong><em>Y a-t-il eu des moments difficiles qui t’ont fait douter ?</em></strong></h2>
<p><strong><em> </em></strong>En voyage, ma règle est simple : le pire qui pourrait m&#8217;arriver est qu&#8217;il ne m&#8217;arrive rien.</p>
<h2><strong><em>Quels sont les meilleurs moments du tout début, qui t’ont aidé à avancer ?</em></strong></h2>
<p><strong><em> </em></strong>Découvrir une nouvelle forme de vie. Chaque journée était différente de la veille. J’attendais cela. Les gens croisés apportaient de nouvelles histoires, de nouvelles approches de l’existence. Dormir un jour chez un riche propriétaire terrien, le lendemain sur un banc public entouré par une joyeuse bande de clochards, ou dans un couvent de sœurs carmélites… Ainsi, le monde se révélait comme une gigantesque encyclopédie vivante. Aujourd’hui encore j’ai hâte de connaître le cours de la journée suivante.</p>
<h2><strong><em>Quels sont les premiers médias à s’être intéressé à tes exploits ?</em></strong></h2>
<p><strong><em> </em></strong>Le magazine belge &laquo;&nbsp;Grandes courses&nbsp;&raquo;, qui a hélas depuis longtemps cessé de paraître, a donné un écho médiatique à mon tour du monde. Une certaine notoriété voyait le jour au regard de la part de rêve qu’évoque un tour du monde en courant. Cette odyssée planétaire était de surcroît une première mondiale. De quoi affoler les médias en général.</p>
<h2><strong><em>Les gens que tu as croisés t’ont-ils pris pour un fou ?</em></strong></h2>
<p><strong><em> </em></strong>Faire le tour du monde en courant : une folie enviée de tous !</p>
<h2><strong><em>Quelle est ton souvenir le plus fort de ce premier tour du monde ?</em></strong></h2>
<p><strong><em> </em></strong>Le franchissement de la barre des 8000 premiers kilomètres. C&#8217;était à Kathmandu. Je réalisais que plus rien ne pourrait m&#8217;arrêter.</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/11/Amsterdam.jpg"><img class="size-medium wp-image-398 aligncenter" title="A Amsterdam - J. Balhi" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/11/Amsterdam-300x198.jpg" alt="A Amsterdam - J. Balhi" width="181" height="119" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: left;"><em>Interview de Jamel Balhi par <a title="Stéphane Tripot" href="http://www.sport-event.fr/sport-event-cest-qui" target="_blank">Stéphane Tripot</a></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>les îles Keys en Floride (novembre 2011)</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Oct 2011 12:39:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jamel Balhi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Voyages de Jamel Balhi en courant]]></category>

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Début novembre, après la traversée d&#8217;un pays dévasté par la guerre (l&#8217;Irak), je pars pour des horizons beaucoup plus paisibles : L&#8217;Archipel des Keys, en Floride. Situé au sud des États-Unis sur le détroit de Floride, entre l&#8217;océan Atlantique et le Golfe du Mexique, l’archipel s’étend du sud-est de la  Floride jusqu’à l’&#8217;île inhabitée de Dry Tortugas. Un nombre important de ces<a href="http://www.coureur-du-monde.org/novembre-2011-les-iles-keys-en-floride">&#160;&#160;(lire la suite...)</a>]]></description>
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<p>Début novembre, après la traversée d&#8217;un pays dévasté par la guerre (l&#8217;Irak), je pars pour des horizons beaucoup plus paisibles : <strong>L&#8217;Archipel des Keys, en Floride. </strong></p>
<p>Situé au sud des États-Unis sur le détroit de Floride, entre l&#8217;océan Atlantique et le Golfe du Mexique, l’archipel s’étend du sud-est de la  Floride jusqu’à l’&#8217;île inhabitée de Dry Tortugas.</p>
<p>Un nombre important de ces îles sont reliées entre elles par des ponts, ce qui me permettra de courir de relativement longues distances sans mettre les pieds sur un bateau (ni dans l’eau).</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/10/Deux-hommes-sur-leau1.jpg"><img class="size-full wp-image-492 aligncenter" title="Deux hommes sur l'eau" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/10/Deux-hommes-sur-leau1.jpg" alt="Deux hommes sur l'eau à Key West  ©J.Balhi" width="300" height="200" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
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		<title>Un nouveau site web dédié à Jamel Balhi</title>
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		<pubDate>Thu, 06 Oct 2011 13:00:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Steph</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>

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<p>Jamel est certes un aventurier hors pair, un photographe et écrivain talentueux, un sportif hors normes&#8230; mais il est aussi un gars modeste.</p>
<p>Pas trop le genre à se mettre en avant, à suggérer qu&#8217;on parle de lui et encore moins à vendre son image à tout va.<br />
J&#8217;ai donc du le convaincre de faire un site web mettant davantage en avant  son histoire, ses voyages, sa philosophie, ses projets. Merci d&#8217;avoir accepté Jamel, car nous sommes très nombreux à suivre tes aventures avec une infinie attention.</p>
<p>Ce site est dédié à Jamel Balhi. Non seulement il permet à Jamel de partager ses aventures autour du monde avec le plus grand nombre ;  mais il permet aussi aux visiteurs de ce site de poster leurs commentaires en ligne.</p>
<p>Jamel continue ses aventures autour du monde, et nous fera partager ses voyages ici.</p>
<p>Merci Jamel.</p>
<p>Steph</p>
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		<title>Jamel Balhi dans Wikipedia</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Oct 2011 12:49:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Steph</dc:creator>
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Jamel fait son entrée dans l&#8217;encyclopédie en ligne Wikipédia. L&#8217;article évoque le parcours fascinant de Jamel Balhi, ses voyages, ses prix et récompenses. Pour consulter l&#8217;article : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jamel_Balhi]]></description>
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<p><img class="alignright size-medium wp-image-117" style="border-style: initial; border-color: initial;" title="Jamel Balhi dans Wikipédia" src="http://jamel.sport-event.fr/wp-content/uploads/2011/10/01033554-photo-wikipedia-logo-icon-sq1-300x300.jpg" alt="Jamel Balhi dans Wikipédia" width="212" height="212" /></p>
<p>Jamel fait son entrée dans l&#8217;encyclopédie en ligne Wikipédia.<br />
L&#8217;article évoque le parcours fascinant de Jamel Balhi, ses voyages, ses prix et récompenses.</p>
<p>Pour consulter l&#8217;article : <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jamel_Balhi">http://fr.wikipedia.org/wiki/Jamel_Balhi</a></p>
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		<title>A Macao, rien ne va plus ! (mai 2011)</title>
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		<pubDate>Sat, 14 May 2011 13:48:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jamel Balhi</dc:creator>
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Je devrais essayer la nicotine et abandonner le métier de photographe. Autour des tables de jeux des casinos de Macao il est permis de fumer mais les photos sont prohibées. Et le spectacle se veut pourtant fascinant. L&#8217;atmosphère est frénétique, saturée des rêves et des espoirs les plus fous. Black jack, baccara, roulette, la Boule,<a href="http://www.coureur-du-monde.org/a-macao-rien-ne-va-plus-mai-2011">&#160;&#160;(lire la suite...)</a>]]></description>
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<p><a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/05/Le-Venitian3.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-483" title="Le Venitian. Comme à Las Vegas, version Disney World" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/05/Le-Venitian3.jpg" alt="Le Venitian. Comme à Las Vegas, version Disney World" width="300" height="200" /></a>Je devrais essayer la nicotine et abandonner le métier de photographe. Autour des tables de jeux des casinos de Macao il est permis de fumer mais les photos sont prohibées. Et le spectacle se veut pourtant fascinant. L&#8217;atmosphère est frénétique, saturée des rêves et des espoirs les plus fous. Black jack, baccara, roulette, la  Boule, le Craps, Fan-tans et autre Dai-sui, ce jeu de dés permettant de parier sur l&#8217;addition des chiffres affichés&#8230; Des jeux pour toutes les envies, jusqu&#8217;au bout de la nuit, ou comment dilapider sa fortune en quelques instants. Malgré un vacarme incessant des Chinois aux visages imperturbables adoptent des airs de contrition avant de jeter leur mise sur le tapis vert. Les croupiers mutiques affichent un âge jeune, 20, 25 ans tout au plus. Uniforme de dompteurs de cirques, petites mains graciles, méticuleuses, comme celles d&#8217;automates faisant glisser cartes et jetons sur le feutre. Que le joueur pleure sa perte ou crie sa joie, rien ne parait sur le visage de l&#8217;employé. Dix mille dollars filant sous son nez ? Une routine qui en laisse plus d&#8217;un indifférent. Au nombre des autres employés les serveuses de cafés et thés, offerts gratuitement aux joueurs, 24h sur 24h. Pratiques, ces petits plateaux ambulants. Mon dernier café de la nuit sera aussi le premier de la journée. Simple spectateur dans l&#8217;enfer du jeu de Macao&#8230; Passeurs de serpillères, partout, tout le temps, comme des criquets avaleurs de la goutte de transpiration tombée à terre.  Les boutons des ascenseurs sont &laquo;&nbsp;stérilisées toutes les deux heures&nbsp;&raquo;, comme en témoignent ces affichettes omniprésentes dans l&#8217;espace public. En ces temps de contagion au SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), nous voilà rassurés. Ici la seule contamination possible, et largement entretenue, est celle du jeu.  Tout y contribue, y compris la musique neuroleptique. Dans une salle du casino, au quatrième étage accessible par un escalator le croupier est ici en images de synthèse, sur un écran géant face à des joueurs. Ils sont Chinois pour la plupart, toutes couches sociales confondues. Une voix enregistrée annonce les mises, les résultats, que rien ne va plus et que les jeux sont fait ! Ces croupiers comme  sortis d’un jeu vidéo, ne manquent pas de me rappeler les caisses automatiques de supermarchés qui se substituent au sourire de la caissière. Des machines voleuses de vivant. <em>Time is money</em>. Dans des salons privés, au luxe feutré, des tycoons jouent gros, cigarette aux  lèvres, coudes sur le tapis de velours du baccara. A côté d&#8217;eux des piles de plaques, chacune d&#8217;une valeur de 10 000 Euros. Chacun en dispose d&#8217;une dizaine, au minimum. Lorsqu&#8217;ils perdent, pas plus que lorsqu&#8217;ils gagnent, rien ne se lit sur leurs visages. Comme à Las Vegas les casinos de Macao ne disposent d&#8217;aucune fenêtre sur l&#8217;extérieur. Il s’agit de faire perdre tout repère spatio-temporel. Le bruit de fond aussi est mis en scène. On croit parfois entendre des pièces crachées par quelque tigre affamé mais il n&#8217;en est rien. Tout n&#8217;est qu&#8217;illusion phonique. Du faux pour faire comme si. Faire croire à notre petit cerveau déjà bien engourdi que l&#8217;on peut, que l&#8217;on va devenir millionnaire. Les millions sont a portée de tympans. Petit dollar deviendra grand ! J&#8217;aurais presque envie de le lâcher ce dollar, rien qu&#8217;un seul, juste pour voir mais je crains de me faire avaler par le dragon aspirateur. La règle du jeu est écrite en hiéroglyphes chinois sur des tankas bouddhistes sur les murs des temples tibétains. Le passage des serpillières et des aspirateurs accompagne le <em>tamtamare</em> des Tigres affamés, sous la mine attristée des croupiers au salaire <em>smicsérable</em>. Que reste-il du sulfureux passé de l&#8217;enfer des jeux à Macao ? Pas de quoi s&#8217;encanailler dans cet univers aseptisé toutes les deux heures par un personnel docile et silencieux. Il faut croire que Macao en a fini avec son passé de confetti portugais alangui à la pointe extrême de la baie de Canton. Il est loin le temps où l&#8217;écrivain Joseph Kessel déplorait l&#8217;existence de deux gratte-ciel &laquo;&nbsp;extravagants, massifs, hideux, dévastant toutes les perspectives et toutes les harmonies&nbsp;&raquo;. Depuis la rétrocession de la colonie par le Portugal en décembre 1999, le territoire vit une véritable révolution dans son économie. Les casinos en constituent la source principale de revenus du territoire. Aujourd&#8217;hui le casino Lisboa représente l’une des principales attractions du centre de Macao. Il est construit en forme d&#8217;ananas recouvert de métal doré.<a href="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/05/Une-rue-de-Macao1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-478" title="Une rue de Macao" src="http://www.coureur-du-monde.org/wp-content/uploads/2011/05/Une-rue-de-Macao1.jpg" alt="Une rue de Macao" width="259" height="172" /></a></p>
<p>Je poursuis la ballade macanaise en direction du sud, sur l&#8217;île de Taipa désormais reliée à Macao par un pont, qui rejoint aussi le nouvel aéroport.<br />
Le long d’une avenue rectiligne qui se veut  à l’image du strip de Las Vegas, ont peut y admirer l&#8217;hôtel-casino le plus dément de sa génération : le Venitian. Construction pharaonique ayant nécessité 1,8 milliards d’Euro. Il abrite les 3000 suites du plus grand hôtel d’Asie (le second à l&#8217;échelle mondiale) 350 boutiques, un stade de 15.000 places et plus d&#8217;une vingtaine de restaurants.<br />
Luxueux, excentrique,  le célèbre Venitian incarne l’image de la Chine nouvelle avec ses boutiques Dior, Vuitton, Chanel, puis ses canaux à gondoles le long des commerces. Des boutiques, encore des boutiques ! Une Venise plus proche de Las Vegas que de l’authentique cité des Doges. Une Venise made in China. Son propriétaire, le milliardaire américain Sheldon Adelson   possède également le Venitian de… Las Vegas. Ne manque plus que le sosie d&#8217;Elvis Presley à bord de sa Cadillac rose décapotable. A Macao, il est possible de se rendre au McDo en gondoles. Un  rêve pour certains !</p>
<p>Au sud de l&#8217;Ile de Taipa, Coloane a échappé à la voracité des rouleaux compresseurs. Son héritage colonial semble pour l’instant épargné. Ses rues et petites places sont encore tout imprégnées de l’atmosphère portugaise, avec le linge séchant aux balcons forgés, et ses vieux messieurs assis aux terrasses des cafés. La petite chapelle Saint-François Xavier proche du temple Tam Kong font oublier les usines à faire valser les millions. Des enfants folâtres dans de vénérables petites ruelles aux effluves de romarin nous transportent presque au Portugal. Pour la nuit j’ai élu domicile sur la plage. L’estuaire de la Rivière de perles servait jadis de repères aux nombreux pirates des mers du Sud. Après plus de deux ans à sillonner la planète, ma route ne s’arrête pas là. Macao ne constituant qu’une autre étape parmi les nombreuses découvertes, une pièce de ce puzzle géant qu’on appelle le Monde.<br />
Tous comptes fait, j’irai dépenser mon dollar dans une échoppe de Coloane, pour bol de pâtes, et un thé au jasmin. Rien à gagner, rien à perdre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong><em>par Jamel Balhi </em></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Portrait de Jamel Balhi dans Libération</title>
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		<pubDate>Fri, 06 May 2011 10:40:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Steph</dc:creator>
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Il peut toujours courir Par Luc LE VAILLANT Essai de définition d&#8217;un preneur de route, d&#8217;un fuyard céleste, d&#8217;un type au corps séché et à l&#8217;âme suspicieuse qui refuse toute assignation à résidence, qui se défie des encageurs qui voudraient qu&#8217;il soit de quelque part et qu&#8217;il y revienne, à défaut d&#8217;y rester. Itinéraires. 280<a href="http://www.coureur-du-monde.org/portrait-de-jamel-balhi-dans-liberation">&#160;&#160;(lire la suite...)</a>]]></description>
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<p><img class="size-full wp-image-113 alignright" title="Jamel Balhi : portrait dans Libération" src="http://jamel.sport-event.fr/wp-content/uploads/2003/05/15102008_logo_liberation1.jpg" alt="Jamel Balhi : portrait dans Libération" width="317" height="262" /></p>
<h2><span style="font-size: 20px; font-weight: bold;">Il peut toujours courir</span></h2>
<p><em>Par Luc LE VAILLANT </em></p>
<p>Essai de définition d&#8217;un preneur de route, d&#8217;un fuyard céleste, d&#8217;un type au corps séché et à l&#8217;âme suspicieuse qui refuse toute assignation à résidence, qui se défie des encageurs qui voudraient qu&#8217;il soit de quelque part et qu&#8217;il y revienne, à défaut d&#8217;y rester.</p>
<p>Itinéraires. 280 000 kilomètres en usant ses semelles sur le bitume, sept fois le tour de la terre en courant. Quinze ans de vadrouille, pied à pied. Il en dit : «Le voyage est une quête intarissable. Partir et surtout ne jamais arriver : telle pourrait être ma devise.» Il ajoute : «La vie est un départ. Un éternel déracinement vers l&#8217;ailleurs.» Il insiste : «Avancer pour le simple plaisir d&#8217;avancer et être en phase avec l&#8217;univers qui m&#8217;habite et celui qui m&#8217;entoure.» Cent cinquante-trois pays traversés en dormant à la belle étoile, chez l&#8217;habitant, dans les auberges de jeunesse, dans les commissariats et très peu dans les hôtels à minibar et room service. Le monde d&#8217;est en ouest (Paris, Bagdad, Katmandou, Shanghai, San Francisco, New York) comme intronisation dans l&#8217;ordre du jarret. Les «routes de la foi» (Rome, La Mecque, Bénarès) d&#8217;un mécréant fasciné par la spiritualité. L&#8217;ex-Yougoslavie en coureur-couvreur de guerre. L&#8217;Australie et la nationale 7, en roue libre. Et, der de l&#8217;heure, les Amériques du nord au sud, violence en stock, fascination et répulsion en bandoulière.</p>
<p>Inventaire. D&#8217;abord, un coeur qui bat à trente-deux pulsations par minute, qui l&#8217;apparente aux forceurs de la route, aux forçats du vélo à la Indurain, Hinault. Comme si, pour lui, le temps était deux fois plus long, la vie deux fois plus lente. Et les élans deux fois plus rares ? Ensuite, une silhouette de marathonien, 2 h 27 sur la distance mais peu d&#8217;appétit pour la compétition.</p>
<p>Canicule ou verglas, il mouline ses cinq heures par jour à 12 km/h de moyenne. Il dit, ne riant qu&#8217;à demi : «Le plus dur, c&#8217;est les huit mille premiers kilomètres&#8230; Il faut deux semaines de rodage.» Il prend le trot dès l&#8217;aube, ne marche jamais, sauf à quatre mille mètres d&#8217;altitude quand l&#8217;oxygène se raréfie. Il refuse de monter dans les voitures qui s&#8217;arrêtent, «surtout quand il pleut». Il dit : «C&#8217;est même pas une règle, c&#8217;est une évidence.» Il s&#8217;évite les chemins de traverse qui sentent la noisette, il aime le bitume tiède, la poésie du gas-oil, l&#8217;humanité des stations-service et des chiens écrasés. Dans les capitales, il s&#8217;accorde un jour de répit. Il passe chez le coiffeur, chez le cordonnier, récupère son courrier, négocie ses visas. Et puis, il repart. Dans son sac à dos, il fourre un duvet rouge, deux T-shirts, un pantalon, une paire de jumelles, une résistance électrique pour chauffer de l&#8217;eau, et une carte postale naïve pour mieux passer en touriste les douanes en guerre. Ni carte, ni guide, ni téléphone portable, «cette privation de liberté».</p>
<p>Intendance. Le soir, il fait le test comparatif des hospitalités de la planète. Il a la souplesse d&#8217;attitude des bernard-l&#8217;hermitte. Il dit qu&#8217;il vient de la ville voisine («parler de ce qui est connu»), demande de l&#8217;eau pour sa gourde («y aller doucement»), repère ceux qui cultivent des fleurs («les plus accueillants»). En vadrouille, il s&#8217;autorise cinq dollars par jour. Un peu hobo à la Kerouac, un peu saint François pas resté assis. Balhi écrit : «Vivre sans possession matérielle est la grande aventure qu&#8217;il reste à vivre. C&#8217;est en pauvre que je veux conquérir le monde.» Mais vœu de dénuement et économie de subsistance se recoupent. Balhi est parti nez au vent, poches percées. Il a rompu avec les logiques de carrière, les soucis d&#8217;installation. Mais, malin et débrouille, il s&#8217;est inventé un métier en chemin.  Ou l&#8217;inverse. Seul Nike le sponsorise, à des années-poussiére des tarifs de Michael Jordan ou de Marion Jones, lui changeant ses semelles tous les 2000 kilomètres.</p>
<p>Influences. Il a largué ses premières amarres, flambeur et inconscient. Il revient à quai, décillé et radicalisé. Il partit Ulysse égotiste, le revoici Bové en short. L&#8217;insoumis zappant le service militaire qui existait encore a sillonné les pays en guerre. Estampillé Unesco, il prône «tolérance» et «paix entre les peuples», mais il est très flingueur de Bush et de Sharon. Il dit : «Toutes les accusations contre l&#8217;Irak, on peut les retourner contre les Etats-Unis. Qui possède des armes de destruction massive ? Qui transgresse les résolutions de l&#8217;ONU ? Qui tue les populations civiles de l&#8217;autre ?» Mais sa militance est réduite aux aguets. Et se mue parfois en vigilance désabusée quand il murmure : «L&#8217;homme n&#8217;a plus aucune maîtrise de son destin. Personne ne veut la guerre et on va l&#8217;avoir quand même.» En France, à la présidentielle 2002, il aurait voté Besancenot. Mais il était absent. Le monde est son arrière-cour, ça lui donne un regard périphérique. Il lit Courrier International, National Geographic, et aussi Charlie Hebdo. Il n&#8217;a pas 40 ans, mais il est nostalgique d&#8217;un temps qu&#8217;il n&#8217;a pas connu, les années 70. Il continue à écouter Dylan et Cohen, à revoir Easy Rider. Il regrette le Katmandou des routards, occupe la chambre du Che, le numéro 21, dans une pension du Guatemala. Pourtant, il préfère la bière à la fumette, et son studio parisien, qu&#8217;il déserte souvent pour vivre chez son amie, est psychédélique et sombre à la fois. Comme lui ?</p>
<p>Impressions. Il se souvient d&#8217;une gargote sur la route de la Soie, de brochettes et de riz et de l&#8217;addition payée par un client éclipsé avant remerciements. Il aime l&#8217;étrangeté de l&#8217;Iran et la vastitude de l&#8217;Australie. Le virage capitaliste de la Chine l&#8217;angoisse. Et pour avoir vu tous ces écrans allumés en permanence, il craint que «la télé fabrique de la pensée universelle». Lui remonte parfois des aigreurs du genre «tout finit par se ressembler» ou «c&#8217;était mieux avant». Qu&#8217;il combat en repartant à l&#8217;aventure. Sans crainte d&#8217;une totale insécurité. Protégé par «la déesse Baraka». Et inquiet d&#8217;une seule chose : que rien ne lui arrive</p>
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