A New York, capitale du monde

New York copDans la jungle de New York il n’existe qu’une seule loi : celle de la police, présente partout, dans chaque recoin de la ville.
Les sirènes, si caractéristiques dans la capitale du monde, n’ont de cesse de tarauder mes tympans dans un univers impitoyable d’énergie et de couleurs.
La fête d’Halloween est pourtant déjà passée, mais des sorcières et des draculas aux fausses canines ensanglantées continuent de célébrer la Sainte-Citrouille, tentant vainement d’effrayer les passants. Les rues de New York en ont vu d’autres.
Pour prendre de la hauteur au-dessus du trottoir entre les 6ème et 5ème avenues, je me suis propulsé au sommet du « Top of the Rock », dernier des 70 étages de l’élégant building Art déco érigé dans les années 1920 par le magnat du pétrole John Rockefeller… C’est l’immeuble de la General Electric, l’une des plus puissantes entreprises du monde, mais aussi le siège de la chaîne de télévision NBC.
Telle une rivière verticale, la tour s’élance vers le ciel. Une patinoire en plein air trône au milieu de ce vaste complexe d’immeubles formant le Rockfeller center, en plein coeur de Manhattan.

 

 

 

Superman, Batman et King Kong
Peuplée de personnages qui ont façonné sa légende, Manhattan donne le vertige. Des nuages s’effilochent contre les fenêtres des gratte-ciels dont on ne voit pas le sommet. La silhouette de la Statue de la Liberté se profile dans le lointain, au milieu la rade de New York, drapée dans une brume légère. Elle semble infiniment petite, et c’est pourtant une géante de 93 mètres.
Voici les prémices de l’hiver ; le vent glacial balaie la terrasse du building. La super structure d’acier et de béton tangue sous l’effet de la houle, comme sur le pont d’un transatlantique.
On se prend à rêver de Superman, de Batman, de King Kong… mais la cohorte de touristes qui ont déboursé la somme de 29 dollars pour venir gratter le ciel de New York, ramène soudain à la cruelle réalité. Une femme se dispute avec son mari, faisant profiter à chacun du direct de leur soap movie : « Tom, si je dois être accord avec toi, nous aurons tous les deux tort…. »
Un Parisien que la ligne d’horizon émeut se met à chanter « FOOORRMIDAAABLE !…. ».
Quand les nuages épais dévoilent le sommet de l’Empire State Building les photographes, ou plutôt les selfistes, lui tournent le dos pour mieux l’immortaliser, et eux avec.

 

Manhattan on top of the Rock

 

le cloisonnement ethnique
Depuis Harlem, au nord de l’île, je suis descendu à pied jusqu’à Lower Manhattan, le saint des saints de la civilisation civilisée, avec la bourse dans Wall street et les tours du World Trade Center.
Arpenter lentement cette île de l’hyper puissance du capitalisme, c’est faire connaissance avec les habitants des cinq continents. Je circule de la Chine à l’Italie, en passant par Porto Rico et le quartier Mea Shearim de Jerusalem, avec ses juifs ultra-orthdoxes à papillotes et caftans. Et aussi l’Afrique bien sûr ! Manhattan semble avoir reçu la terre entière : ceux qui n’y ont pas mis les pieds y sont venus par les ailes de leur imagination. En effet, à New York plus que dans les autres villes des États-Unis, on est Poloricain, Russoricain, Italoricain, Indoricain, Vietnamoricain…
Le cloisonnement ethnique en quartiers y constitue une longue tradition.
Peut-être pour empêcher que ce peuple cosmopolite ne glisse en enfer, les églises offrent aux croyants un nombre impressionnant de cultes différents, dont l’Eglise baptiste du mont des Oliviers et celle du Mont Carmel, l’Eglise chrétienne de la Délivrance, l’Eglise baptiste du Triomphe, les Adventistes du 7e Jour, les scientologues et les Témoins de Jéhovah, les Mormons, les Hare Krishna et les Gédéons…
A toute heure de la journée, des hommes et des femmes endimanchés investissent des paroisses, celles de Harlem en particulier, et entonnent des chansons gospels.
Les homélies sont interrompues par les sirènes de camions de pompiers et des ambulances. La spiritualité est chargée de décibels annonciateurs de fin du monde.

 

Juifs souriants

 

Imagine
Près de l’immeuble Dakota, en bordure de Central Park où fut assassiné le Beatle John Lennon, un clochard s’adonne à un pathétique soliloque et vomit son alcool dans le caniveau tandis que passe, ou plutôt glisse en silence, une limousine Cadillac rose, transportant une douairière aux cheveux bleutés et son chauffeur en uniforme rouge et gris. Un jeune guitariste, est assis devant une stèle frappée du mot « imagine ». Sur ce lieu de commémoration, cela ressemble à une formule sacramentelle. Le musicien de rue chante le répertoire de la star. L’étui de son instrument de musique sert de réceptacle à dollars. Business is business !
Je marche dans les rues sombres de Harlem en remontant l’avenue Lenox, appelée aussi boulevard Malcom X. J’erre comme en maraude sur les pavés de ce quartier populaire. Sur les chaussées, les bouches du chauffage urbain projettent leurs nuages de vapeur que brisent les autos.
Une jeune femme noire, avec des mèches blondes et un tee-shirt de Superman m’offre un petit spectacle de danse improvisée, en chantant du rythm and blues entre deux gorgées de sa Budweiser dissimulée dans un sac en papier. Boire de l’alcool sur la voie publique est prohibé aux Etats-Unis. Pourtant ici, tout le monde semble enivré par « la ville qui ne s’arrête jamais », selon l’un des nombreux slogans accolés à la mégapole.

Agissez maintenant, mourrez plus tard
J’ai un peu de lecture, celle des graffitis, les Saintes Ecritures new-yorkaises. « Fighting for peace is like fucking for virginity » est barbouillé en peinture rouge sur une affiche bleue et blanche à la New yorkaise déjantéegloire de l’armée américaine.
« Stop the cops » peut-on lire aussi à l’arrière d’une voiture. Un peu plus loin, sur la vitre d’un commissariat de police : « Si vous n’aimez pas les flics, quand vous aurez besoin d’eux, appelez un hippy ».
Dans certains quartiers, les tags décorent presque tous les murs, dans un fatras de traits recouverts jusqu’à la confusion. De l’art pour les peintres de la nuit, du vandalisme pour le propriétaire des murs !
New York est une affiche de publicité, en version géante. Les slogans sont en effet partout, ravageurs, loufoques, mais toujours efficaces.
« Slip HOM, pour les hommes qui en ont ! » À quand le « slip FAM, pour les hommes qui n’en ont pas » ? Des cabinets d’avocats (attorney) vendent leurs services comme des épiciers, proposant des divorces « by computer » pour 250 $. « Les diamants ne sont pas éternels »…
Une agence de pompes funèbres, quant à elle, propose « Les Portes du Paradis » à prix étudiés. « Agissez maintenant, mourrez plus tard ! »
J’ai sillonné l’Ancien Monde, le Nouveau Monde et le tiers-monde pour découvrir enfin la seule ville d’Occident qui réunit la quintessence de ces trois mondes, à l’instar des grandes cités mystiques d’Orient. Elle est pour moi une source d’inspiration.

un assemblage de dynamite
New York présente un visage refait à neuf. Au sud de Manhattan, presque 13 ans après les attaques du 11 septembre 2001 et après un peu plus d’une décennie de planification et de construction, le One World Trade Center domine désormais le monde des affaires. C’est le plus haut gratte-ciel du continent, et le quatrième au monde avec ses 541 mètres de hauteur, soit 1776 pieds, en référence à l’année de la Déclaration d’indépendance des États-Unis… Encore une fois, au pays du super capitalisme l’histoire s’écrit à coups de records.
La tour de verre et d’acier est symboliquement gardée par un policier en uniforme, nonchalamment adossé à sa voiture estampillée NYPD, bras croisés, l’air aussi dominateur que la tour sur laquelle il est censé veiller. Des milliers d’yeux électroniques essaiment le secteur. Des professeurs et leurs étudiants ont bravé le froid pour venir admirer le nouveau symbole à la gloire du monde libre.
Un homme harangue les passants à proximité de la tour, démontrant photos à l’appui les « preuves » que les attentats du 11 septembre 2001 ne sont qu’une vaste supercherie organisée par le gouvernement américain pour « éliminer du monde les Musulmans ».
Thomas, la cinquantaine brandit un ordinateur portable avec le documentaire mille fois projeté de la tour numéro 3 s’effondrant sur elle-même, en sept secondes, sans avoir subi l’impact d’un quelconque avion de ligne. « Sur cette vidéo, on distingue clairement les panaches de fumée suite à l’explosion d’un assemblage de dynamite… » Des badauds écoutent d’une oreille, puis s’éloignent. − Tout le monde ferme les yeux sur cette réalité, poursuit l’homme.
Je demande à Thomas ce que pensent les policiers de ses revendications en pareil lieu.
« Nous sommes nombreux ici même à nous relayer depuis des années et tout le monde nous connaît. Même les autorités de New York ne croient plus à la théorie officielle des attentats. La police nous laisse tranquille. »

Nouvelles tours - New York

Calcutta
Un peu plus loin dans Broadway, j’ai une vision surréaliste…
Un vélo-taxi comparable à ceux des rues indiennes est conduit par un jeune new-yorkais. Un gros chronomètre pendouille autour de son cou et sur le côté de ce rickshaw très local on peut lire en gros chiffres sur un écriteau le prix de la course : 4 $ la minute, soit plus de 3 €. Le client qui vient de zigzaguer précisément 10 minutes dans le flot ininterrompu des taxis jaunes descend et dégaine ses 40 dollars. Je repense à Calcutta où j’étais le mois dernier… On est loin des 30 roupies (soit 0,5 $) la demi-heure.
Dans la capitale du monde, on ne sait jamais quand il s’agit de folie des grandeurs, ou de folie tout court.

Imagine

Texte et photos Jamel Balhi

Par| 2015-12-01T09:38:47+01:00 20 octobre 2015|Actualité|0 Comments

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